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18/03/2016 04:44 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Turquie-UE: des relations entachées d'ambiguïté

De l'accord d'association du 12 septembre 1963 à la relance du processus d'adhésion sous la pression de la crise migratoire, les relations UE-Turquie sont depuis plus d'un demi-siècle entachées d'ambiguïté.

- Accord d'association -

Le 12 septembre 1963, la Turquie et ce qui n'est encore que la CEE signent un accord d'association prévoyant l'établissement d'une union douanière progressive, comme étape intermédiaire vers l'adhésion de la Turquie à la Communauté européenne.

Le processus d'association est cependant gelé par le coup d'Etat militaire en Turquie en septembre 1980.

Le 14 avril 1987, Ankara revient à la charge et pose officiellement sa candidature à l'UE.

Le 6 mars 1995, un accord d'union douanière est signé mais cette union sera vite bloquée du fait de l'opposition de la Grèce, ulcérée par la question chypriote (la partie Nord de l'île, occupée par les troupes turques depuis 1974, s'est autoproclamée République turque de Chypre en 1983).

Le 10 décembre 1999, au sommet d'Helsinki, les Européens accordent à la Turquie le statut de candidat sans préciser de date pour l'ouverture de négociations mais en lui demandant d'améliorer les droits de l'homme et ses performances économiques.

En mars 2001, le gouvernement turc adopte "un programme national" de mesures politiques et économiques et l'année suivante, le Parlement vote l'abolition de la peine de mort et l'octroi de droits culturels aux Kurdes.

- Lancement du processus d'adhésion -

Recep Tayyip Erdogan, arrivé au pouvoir au printemps 2003 avec l'AKP (islamo-conservateur), lance un vaste chantier de réformes politiques et économiques dans l'espoir d'entrer dans l'Union.

Le 29 juillet 2005, la Turquie signe le "protocole d'Ankara" qui étend son union douanière aux dix Etats membres entrés dans l'UE en mai 2004, dont Chypre. Elle précise cependant que cela "ne signifie en rien une reconnaissance officielle de la République de Chypre". Ce protocole ne sera jamais ratifié.

Le 4 octobre 2005 pourtant, l'UE et la Turquie lancent officiellement les négociations d'adhésion malgré l'hostilité de plusieurs pays, notamment l'Autriche.

En juin 2006 est ouvert le premier des 35 chapitres thématiques que comptent les négociations, consacré à "la Science et la Recherche".

Laborieusement, après des mois de blocage, un deuxième chapitre dédié à "la Politique industrielle et aux Entreprises" sera entamé en mars 2007.

- L'enlisement -

Très vite, les négocations s'enlisent. 14 des 35 chapitres vont être ouverts mais un seul - le premier - sera bouclé.

Le climat politique a changé depuis les élections européennes de 2004 marquées par une poussée des mouvements populistes, hostiles à l'entrée d'une Turquie musulmane.

L'Allemagne de la chancelière Angela Merkel, arrivée au pouvoir en 2005, et la France du président Nicolas Sarkozy (2007-2012) bloquent l'ouverture de cinq nouveaux chapitres de négociations qui auraient rendu inéluctable l'adhésion de la Turquie.

Les deux dirigeants proposent en mai 2009 "un partenariat privilégié pour la Turquie mais pas une adhésion pleine et entière".

- La relance du processus? -

En 2013, après plus de trois ans de statu quo, France et Allemagne font des signes d'ouverture. Paris lève son veto sur le chapitre 22 relatif aux Politiques régionales. Mme Merkel se rend à Ankara.

En janvier 2014, François Hollande se rend à Ankara mais annonce qu'une adhésion de la Turquie serait en France "de toute manière, soumise à référendum".

Au plus fort de la crise des réfugiés qui fuient par millions la Syrie en guerre - la Turquie en accueille plus de 2 millions -, Angela Merkel se rend en octobre 2015 à Istanbul pour discuter avec les dirigeants turcs.

Le mois suivant, un plan d'action est scellé à Bruxelles entre l'UE et la Turquie: si Ankara s'engage à rendre ses frontières imperméables, l'UE promet une "redynamisation" des négociations d'adhésion.

Le 14 décembre, UE et Turquie ouvrent le chapitre 17 des négociations (sur la Politique économique et monétaire).

Un projet d'accord est scellé entre les deux partenaires le 7 mars sur la crise migratoire: la Turquie s'engage à reprendre les réfugiés syriens qui tentent illégalement de se rendre en Europe si les Européens accueillent un nombre équivalent de réfugiés syriens attendant en Turquie.

Mais en contrepartie, Ankara exige, outre une aide financière supplémentaire de 3 milliards d'euros aux trois milliards déjà promis et la liberté de circulation de ses ressortissants en Europe, une relance des négociations sur son adhésion.

aml/vdr/agr/alc