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18/03/2016 08:02 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Syrie: l'ONU boucle une semaine de discussions, veut entrer dans le coeur du sujet

L'émissaire de l'ONU sur la Syrie bouclait vendredi une première semaine de discussions à Genève en rencontrant successivement régime et opposition, à qui il a réclamé des propositions concrètes pour entrer dans le coeur du sujet: la mise en place d'une transition politique.

Sur le terrain, la trêve en vigueur depuis le 27 février continue globalement à tenir. Toutefois, la Russie, qui a entamé cette semaine un retrait partiel de son contingent militaire, continue à pilonner Palmyre (centre), la cité antique aux mains des jihadistes de l'Etat islamique (EI) depuis mai 2015.

Les avions russes mènent en moyenne "20 à 25 raids aériens par jour" en soutien des forces gouvernementales syriennes, a annoncé vendredi un haut responsable de l'état-major de l'armée russe. De son côté, l'EI a affirmé dans une vidéo avoir tué mercredi et jeudi cinq soldats russes "autour de Palmyre".

A Genève, l'émissaire de l'ONU Staffan de Mistura poursuivait sa navette diplomatique entre les deux belligérants. Au total, le diplomate italo-suédois aura rencontré chaque partie trois fois au cours de la semaine.

A l'issue d'un long entretien de trois heures vendredi, la délégation du régime a semblé sur la défensive. "Nous avons soumis à l'envoyé spécial des principes fondamentaux visant à faciliter une solution politique en Syrie", a déclaré le chef de la délégation Bachar al-Jaafari. "L'adoption de ces principes ouvrira la voie à un dialogue sérieux intersyrien, sans intervention étrangère et sans pré-conditions", a ajouté M. Jaafari, qui n'a pas pris de questions de la presse, contrairement aux fois précédentes.

- 'Nous sommes sérieux' -

La veille, l'émissaire de l'ONU avait insisté sur la nécessité d'entrer dans le concret des discussions, et de faire des propositions "substantielles" sur les modalités d'une transition politique rapide, afin d'enclencher la sortie d'un conflit sanglant entré cette semaine dans sa sixième année.

Il s'était dit "impressionné par la préparation de l'opposition" qui lui a remis un memo détaillé, et avait souhaité obtenir "la même clarté de la part du gouvernement".

Les pourparlers indirects de Genève, prévus pour se dérouler en trois sessions selon l'ONU, visent à mettre en oeuvre une feuille de route internationale prévoyant la mise en place d'un organe de transition syrien dans six mois, la rédaction d'une nouvelle constitution et la tenue d'élections législatives et présidentielle dans 18 mois.

Mais les interprétations sur cet organe de transition constituent l'un des principaux points de blocage.

Pour l'opposition, il doit s'agir d'un organe ayant les pleins pouvoirs, ce qui exclut tout rôle pour le président Bachar al Assad. Pour le régime, la transition doit être menée par un gouvernement élargi à des opposants, mais toujours sous l'autorité d'Assad, dont le sort n'a pas à être tranché dans les négociations.

L'opposition, longtemps critiquée sur ses divisions, son organisation chaotique et sa légitimité, apparaissait redynamisée. "Nous sommes un partenaire sérieux dans notre volonté de résoudre la crise syrienne. Mais nous ne voyons pas de sérieux chez l'autre partie, nous voyons de la procrastination", a accusé vendredi le porte-parole du Haut Comité des négociations (HCN), Salem al-Meslet.

Le HCN regroupe des politiques et des représentants des groupes armés et sa légitimité est régulièrement contestée par Damas et son allié russe.

Par ailleurs, des dizaines de factions rebelles ont publié vendredi un communiqué critiquant vivement la proclamation par les Kurdes de Syrie d'une région fédérale dans le nord du pays en guerre.

Jeudi, les Kurdes de Syrie et leurs alliés ont proclamé un "système fédéral" unissant les zones sous leur contrôle dans le nord du pays, un modèle qu'ils espèrent voir s'appliquer à l'ensemble du territoire dans la période post-guerre.

Mais cette initiative inédite, qui s'apparente à une autonomie de facto, a été immédiatement rejetée par le régime de Bachar al-Assad et l'opposition.

"Nous rejetons catégoriquement la déclaration (...) concernant la région fédérale ou autonome dans le nord de la Syrie et nous la considérons comme une étape dangereuse visant à diviser la Syrie", affirme le texte signé par quelque 70 factions rebelles et diffusé en ligne.

bur-cf/apo/ger