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18/03/2016 19:00 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Syrie: l'émissaire de l'ONU met la pression sur Damas avant la reprise des pourparlers lundi

L'émissaire de l'ONU sur la Syrie, qui a bouclé une première semaine de discussions indirectes avec le régime et l'opposition à Genève, a mis la pression sur Damas en l'exhortant à présenter des propositions détaillées pour une transition politique.

Staffan de Mistura, qui a reçu trois fois les deux belligérants depuis lundi, a admis que le fossé restait "important" entre les deux parties, mais s'est félicité que "les discussions continuent" et a annoncé leur reprise après le week-end.

Lors d'une conférence de presse vendredi, il a exhorté les représentants du régime, accusés par l'opposition de traîner les pieds, à entrer davantage dans le coeur du sujet.

"J'espère que la semaine prochaine nous aurons leur vision détaillée de la façon dont ils envisagent la transition politique", a déclaré M. de Mistura. "Je leur ai clairement dit qu'il ne fallait pas éviter les questions de fond".

La délégation de Damas, menée par l'ambassadeur syrien à l'ONU Bachar al-Jaafari, a indiqué avoir soumis au médiateur de l'ONU des "principes fondamentaux" pour "faciliter une solution politique en Syrie". Selon une source proche de la délégation, ces "principes" sont notamment la lutte contre le terrorisme et le respect de l'intégrité territoriale et de la souveraineté syriennes.

"Les principes sont nécessaires", a répondu M. De Mistura, mais "je pousse pour avoir un document détaillé sur la transition politique".

"L'opposition est allée plus en profondeur, j'ai reçu de leur part un document substantiel", s'est-il félicité.

Longtemps critiqué sur ses divisions, son organisation chaotique et sa légitimité, le Haut comité des négociations (HCN), qui rassemble les groupes clés de l'opposition syrienne, se pose désormais en "partenaire sérieux" dans les discussions.

"Nous sommes clairement engagés dans la recherche d'une transition politique. Nous avons présenté des documents détaillés, et nous pressons le régime de faire de même", a déclaré une représentante du HCN, Bassma Kodmani.

Les pourparlers indirects de Genève, prévus pour se dérouler en trois sessions, visent à aboutir à la mise en place d'un organe de transition d'ici six mois, la rédaction d'une nouvelle constitution et la tenue d'élections législatives et présidentielle dans 18 mois.

Mais les interprétations de ce que doit être l'organe de transition - un gouvernement élargi selon le régime, un organe ayant les pleins pouvoirs dans lequel le président Bachar al-Assad n'aurait aucun rôle selon l'opposition - constituent l'un des principaux points de blocage.

- Raids sur Palmyre et Raqa-

Staffan de Mistura a également réclamé à Damas des gestes en faveur de la libération de prisonniers. "C'est une question cruciale", a-t-il dit. Des dizaines de milliers de personnes, voire des centaines de milliers selon l'opposition, sont détenues dans les geôles concentrationnaires du régime.

L'ONU demande aussi aux groupes rebelles la libération des personnes kidnappées ou disparues, mais "le nombre de détenus par le régime est beaucoup plus important", selon M. de Mistura.

Sur le terrain, la trêve entrée en vigueur le 27 février continue globalement à tenir.

Toutefois, la Russie, qui a entamé cette semaine un retrait partiel de son contingent militaire, continue à pilonner Palmyre (centre), la cité antique aux mains des jihadistes du groupe Etat islamique (EI), au rythme de "20 à 25 raids aériens par jour", selon Moscou. De son côté, l'EI a affirmé dans une vidéo avoir tué mercredi et jeudi cinq soldats russes "autour de Palmyre", qu'il contrôle depuis mai 2015.

Et vendredi, au moins 16 civils, dont huit enfants, ont péri dans des bombardements menés par des avions non identifiés sur la ville de Raqa (nord), fief de l'EI, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'ONG, qui identifie généralement les avions en fonction du type de munitions utilisées, a précisé que les bombardements de vendredi auraient pu être menés "autant par le régime syrien que par les Russes ou la coalition dirigée par Washington" pour lutter contre l'EI en Syrie et en Irak.

La guerre en Syrie, commencée en 2011 après la répression sanglante par le régime de manifestations pacifiques demandant davantage de démocratie, s'est transformée en conflit complexe impliquant une multitude d'acteurs, syriens et internationaux. Elle a fait plus de 270.000 morts et déplacé au moins la moitié de la population.

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