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18/03/2016 03:38 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

La paralysie politique en Espagne commence à déteindre sur l'économie

2016 s'annonçait comme une bonne année pour les entrepreneurs de la construction en Espagne, mais l'absence de gouvernement trois mois après les élections a donné un coup de frein à l'activité, comme dans d'autres secteurs.

"Tout ce qui touche à la construction dans le pays est bloqué", se désole César Luaces, directeur général de l'association des fabricants de sable et de gravier (Anefa).

L'Espagne se trouve dans une impasse politique depuis le 20 décembre. Les élections législatives ont débouché sur un parlement fragmenté et les partis politiques ont été jusqu'à présent incapables de former une coalition.

Les équipes ministérielles en place gèrent les affaires courantes en attendant, sans pouvoir valider de projets qui engageraient de nouvelles dépenses.

Résultat, les appels d'offres de l'administration centrale en terme de travaux publics se sont effondrées de 69% en janvier sur un an, selon l'observatoire de la construction Seopan.

"Il n'y a pas d'appels d'offres publiques, le secteur est paralysé, l'administration est paralysée", confirme le directeur général d'une entreprise de travaux publics en Estrémadure (sud-ouest), qui n'a pas souhaité être identifié.

"Cet arrêt brutal va supposer devoir commencer à licencier des gens et ajuster les coûts", s'inquiète cet entrepreneur de 42 ans, qui emploie 800 personnes. Le chômage en Espagne touche déjà un actif sur cinq.

Il est courant que les travaux publics connaissent un coup d'accélérateur avant des élections --comme les municipales et régionales de mai 2015 puis législatives de décembre en Espagne-- puis ralentissent, explique à l'AFP Josep Ramon Fontana, de l'Institut technologique de la construction de Catalogne (Itec).

Le chef du gouvernement sortant, Mariano Rajoy du Parti populaire, n'a pas dérogé à la règle et a multiplié à l'automne les inaugurations. Mais "il était clair que la machine ralentirait une fois coupé le ruban et la photo faite", poursuit l'expert.

- 'une situation dramatique' -

Ce qui n'était pas prévu, c'est que les conservateurs de M. Rajoy, les socialistes, les libéraux de Ciudadanos et Podemos, la gauche radicale, n'arrivent pas à s'entendre. "Nous espérions tous qu'un gouvernement central serait formé le 1er janvier, qui serait plus ou moins en mesure de nous dire quelle serait sa politique d'infrastructures", poursuit Josep Ramon Fontana.

D'ici là certains travaux, comme ceux de la ligne de train à grande vitesse devant relier Madrid à Lisbonne, vont encore prendre du retard.

"Ce n'est pas seulement une situation d'impasse mais une situation dramatique", s'alarme César Luaces, parce que les entreprises du BTP s'extirpent à peine de plusieurs années d'une crise brutale.

Ce climat d'incertitude paralyse aussi d'autres secteurs, témoigne Antonio Masa, directeur général de la chambre de commerce de Badajoz en Estrémadure. "Les entrepreneurs freinent leurs investissements à cause de la situation politique en Espagne", aussi bien dans le BTP que l'agro-alimentaire, deux secteurs clés dans cette région, constate-t-il.

Ils attendent de voir si la législation sera modifiée avant d'engager de l'argent.

Les analystes pensent déjà que l'économie espagnole ne réitérera pas en 2016 sa performance de 2015. La progression du PIB avait été de 3,2%, consolidant la reprise entamée en 2014 après cinq années noires.

La banque BBVA prévoit pour l'instant une croissance de 2,7%, en raison de la détérioration des perspectives au niveau mondial. Et si l'incertitude politique se prolongeait pendant six mois, elle amputerait la croissance de 0,5 point de pourcentage sur l'année, prévoit BBVA.

Si aucun chef du gouvernement n'est élu d'ici le 2 mai, de nouvelles élections devront être convoquées fin juin. Mais elles ont peu de chance de dégager une majorité plus claire qu'en décembre.

Le secteur touristique, qui pèse 14% du PIB, commence aussi à s'inquiéter.

"S'il y a finalement des élections le 26 juin, le secteur sera touché car le consommateur ne voudra pas faire des réservations à l'avance", avertit Juan Molas, président de la Confédération d'hôtels et de logements touristiques Cehat.

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