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18/03/2016 02:02 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

La campagne bavaroise retrouve son calme avec la fermeture de la route migratoire des Balkans

"Qu'on est bien, au calme!". Assis dans son jardin, tout sourire, Rainer Borchers observe la frontière germano-autrichienne voisine, satisfait que la fermeture de la route migratoire des Balkans ait mis fin à la confusion dans ce coin de campagne bavaroise.

Cet homme de 38 ans était aux premières loges lorsque, l'été dernier, la crise des réfugiés s'est invitée en Bavière (sud), à la suite de la décision de la chancelière Angela Merkel d'ouvrir grand les portes de son pays à ceux fuyant la guerre.

Son pavillon typiquement bavarois dans la ville de Freilassing, bordé par la forêt, fait face à la rivière Saalach qui trace la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche. À quelques pas de là, le pont reliant les deux pays a vu passer par milliers les migrants.

"Ils attendaient les bus de la police juste en face de ma maison", décrit-il. "Pendant plusieurs semaines, il y avait beaucoup de bruit. Pas à cause des réfugiés, eux étaient très discrets. Mais à cause de la police (...), jour et nuit. J'avais beaucoup de mal à dormir".

Depuis, la situation s'est arrangée. D'abord avec la réintroduction des contrôles aux frontières par l'Allemagne, mettant entre parenthèses les accords de libre circulation de Schengen. A partir de novembre, Vienne et Berlin ont mieux coordonné l'arrivée des réfugiés; et début mars, le flot s'est tari, les pays de transit ayant verrouillé la route dite des Balkans menant de Grèce en Allemagne.

A l'automne, ils étaient plusieurs milliers à franchir, chaque jour, la frontière. Désormais seule une cinquantaine de demandeurs d'asile sont enregistrés quotidiennement par la police dans la poignée de points d'accueils germano-autrichiens comme celui de Freilassing.

"Il est clair que l'enregistrement des nouveaux migrants se fait plus facilement", reconnait Rainer Scharf, porte-parole de la police fédérale allemande, cela "nous permet de nous concentrer sur la recherche des passeurs". Environ 500 officiers sont affectés au contrôle de la frontière, en vigueur depuis le 13 septembre, un chiffre qui ne devrait pas baisser.

- Optimisme prudent -

Christine von Hake, 51 ans, directrice d'un centre d'accueil pour animaux abandonnés situé juste à côté du pont sur la Saalach, relève qu'à part les policiers, "qui viennent encore utiliser les toilettes (...) c'est très calme, alors qu'avant la situation était quand même plutôt tendue".

Face à l'afflux des demandeurs d'asile, cette amoureuse des bêtes avait en septembre, au pic de la crise, laissé de côté son travail pendant plusieurs jours pour venir en aide aux migrants installés devant son centre.

Pour autant, pas de retour à la normale. La vie quotidienne des 16.000 habitants de Freilassing reste rythmée par des contrôles à la frontière qui se sont installés dans la durée. Un défi pour la petit ville, qui vit en grosse partie du commerce transfrontalier avec son voisin autrichien, les prix étant moins élevés pour certains produits en Allemagne.

"Au début, c'était très dur, mes ventes ont baissé de 70%. Maintenant, j'en suis à 20% de baisse par rapport à l'année dernière", calcule Anni Klinger, propriétaire d'un magasin de robes de mariées.

Car les longs embouteillages provoqués par les contrôles ont vite découragé sa clientèle, en majorité autrichienne. Mais les événements des dernières semaines rendent la commerçante optimiste: "Les bouchons se sont largement réduits, on ne remarque plus rien de particulier".

Des travaux sur l'autoroute, lancés quelques jours plus tôt, doivent aussi aider à fluidifier la circulation.

Les habitants de Freilassing continuent néanmoins de suivre de près l'actualité européenne, notamment le sommet de l'UE à Bruxelles, censé déboucher sur un accord avec la Turquie pour juguler le flot des réfugiés, alors que des dizaines de milliers de personne qui espèrent rejoindre l'Allemagne sont coincées en Grèce.

"Ce n'est pas comme si le problème des migrants n'existait plus", remarque Rainer Borchers. "De l'autre côté du pont, en Autriche, les tentes sont encore là, disponibles pour de nouvelles arrivées. Alors, juste au cas où, je préfère garder mes somnifères".

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