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18/03/2016 07:47 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

"L'espion" rwandais arrêté au Burundi est tout sauf un soldat, selon ses proches

Le Rwandais arrêté au Burundi et présenté par le gouvernement burundais comme un "espion" à la solde de Kigali est considéré par sa famille comme un "fou" et un "bandit" mais pas un soldat, selon les témoignages de proches interrogés par l'AFP dans son village.

"Mon fils n'a jamais été dans l'armée ni n'a côtoyé de près ou de loin des militaires, il ne connaît que le vol", a affirmé Esdras Nsabimana, le père de Cyprien Rucyahintare, depuis le village de Mugina dans le sud du Rwanda, près du lac Rweru, à la frontière avec le Burundi.

"C'est un bandit", martèle-t-il. M. Rucyahintare avait été arrêté le 7 mars au Burundi selon les autorités locales et avait été présenté comme un militaire rwandais d'active, en mission pour déstabiliser le pays.

L'homme s'était lui même présenté à la presse comme un "caporal" de l'armée rwandaise et avait notamment expliqué être entré au Burundi pour une mission d'espionnage.

L'armée rwandaise avait immédiatement réfuté des "accusations puériles" et démenti tout lien avec cet homme.

Esdras Nsabimana, un agri-éleveur, a expliqué que son fils avait disparu la semaine précédant l'annonce de son arrestation, juste après lui avoir volé un sac de haricots, le dernier d'une longue série de larcins.

"Il n'a jamais été dans l'armée", a renchéri Phocas Uwaritatse, 20 ans, l'un des frères de M. Rucyahintare. Il dresse le portrait d'un "fou", d'un illettré qui a arrêté sa scolarité en "troisième année primaire".

M. Uwaritatse raconte avoir, comme son père, vu la vidéo de la "confession" de son frère grâce à des journalistes. "Ca m'a vraiment surpris. Il a sûrement été utilisé par le Burundi. Peut-être qu'on lui a donné de l'argent pour ternir l'image du Rwanda", a-t-il supputé.

Sa famille reconnaît toutefois que M. Rucyahintare se rendait régulièrement au Burundi pour, assurent-ils, rendre visite à sa tante résidant non loin de la frontière.

"On le connait bien ici, c'était un bandit de quartier et maintenant il se dit +caporal+?", a lancé, hilare, Idris, un chauffeur de moto taxi rencontré par hasard dans le village.

Des responsables locaux ont également affirmé bien connaître le présumé espion. Jean-Christophe Rwabuhihi, le secrétaire exécutif du secteur de Rweru, dénonce des contradictions dans sa "confession" publique.

"Il dit qu'il est né en Ouganda, alors qu'il est né tout près du lac" Rweru, affirme-t-il. Afin d'appuyer les dires de la famille de M. Rucyahintare, il présente la copie d'un document officiel sur lequel on peut lire en kinyarwanda que ce dernier a comparu en septembre 2015 devant un tribunal de première instance pour "vol non armé".

Le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril 2015 du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, qu'il a obtenu en juillet.

Plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la crise, qui a poussé plus de 250.000 personnes à l'exil. Depuis lors, les relations se sont envenimées pour devenir délétères entre le Burundi et le Rwanda.

Bujumbura accuse notamment son voisin du nord d'entraîner sur son sol des réfugiés burundais pour déstabiliser le régime du président Nkurunziza. Le Rwanda rejette en bloc ces accusations et rétorque que les causes profondes de la crise actuelle sont internes au Burundi.

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