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18/03/2016 09:18 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Irak/corruption: des partisans d'un chef chiite lancent un sit-in illimité à Bagdad

Des milliers de partisans de l'influent chef chiite irakien Moqtada Sadr ont manifesté vendredi devant la Zone verte à Bagdad pour réclamer des réformes, en dépit d'une interdiction du gouvernement, et appelé à un sit-in illimité.

Les manifestants, dont la plupart étaient vêtus de noir et arboraient des drapeaux irakiens, exigent notamment du Premier ministre Haider al-Abadi qu'il présente un gouvernement de technocrates capable de mettre en oeuvre les réformes anticorruption annoncées l'an dernier après de grandes manifestations populaires mais restées en grande partie lettre morte.

"Les sit-in ont débuté face aux portes de la Zone verte, comme un message aux corrompus qui résident dans ce secteur", a déclaré à l'AFP un responsable local du mouvement de M. Sadr, Ibrahim al-Jaberi.

"Le sit-in est illimité", a-t-il ajouté, alors que les manifestants commençaient à monter des tentes devant cette zone sécurisée du centre-ville où se concentrent les hautes institutions de l'Etat et de nombreuses ambassades.

Le gouvernement avait interdit mercredi ce rassemblement. "Organiser un sit-in n'est pas autorisé par la loi, en particulier dans les circonstances sécuritaires actuelles avec la menace des groupes terroristes", avait-il dit.

Mais M. Sadr, 42 ans, considéré comme un nationaliste moins lié à l'Iran que d'autres personnalités chiites, a annoncé jeudi que son mouvement ignorerait cette interdiction, appelant toutefois ses partisans à ne pas recourir à la violence face à des forces de sécurité déployées en force.

"Oui aux réformes!", scandaient les manifestants rassemblés sur les carrefours autour de la Zone verte, déroulant au sol des tapis et des couvertures.

"Nous resterons pendant des jours, des semaines ou des mois s'il le faut, jusqu'à ce que le gouvernement mette en place des réformes et renvoie tous les politiciens corrompus", a lancé Mountazer Kazem, 25 ans, étudiant en histoire.

"Nous voulons une amélioration dans le pays, une solution à la corruption et le limogeage de tous ceux qui ont volé notre argent", a de son côté martelé Abou Hassan, 65 ans, assis près d'une tente avec ses trois frères et deux de ses fils.

Une canne à la main, cet habitant de Sadr City, un grand quartier chiite dans le nord de la capitale où Moqtada Sadr est très populaire, est catégorique: "Il (M. Sadr) nous a demandé de tenir un sit-in, alors nous resterons ici des années s'il le faut".

Dans un communiqué, le dignitaire religieux a revendiqué la victoire dans son bras de fer avec les autorités, remerciant Dieu "de laisser la volonté du peuple triompher".

- Protestation pacifique -

L'influent chef chiite contrôle une importante force paramilitaire, "Saraya al-Salam", qui avait déployé des hommes armés lors d'une précédente manifestation à Bagdad, soulevant l'inquiétude des autorités.

Par précaution, les forces de sécurité irakiennes ont fermé les issues de Bagdad, deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe avec quelque huit millions d'habitants.

"Toutes les entrées de Bagdad ont été bloquées. Certains ponts et des rues sont également fermés, en particulier ceux menant à la Zone verte", a indiqué un colonel de police.

Un groupe de manifestants sadristes a découpé le fil barbelé sur l'un des ponts au-dessus du Tigre pour atteindre une entrée de la Zone verte mais aucun mouvement de violence ne s'en est suivi.

Dans son communiqué, M. Sadr a loué le comportement de la police et des forces armées déployées en masse, affirmant: "La coopération des forces de sécurité a dépassé toutes les attentes (...)".

Moqtada Sadr tente de redonner du souffle au mouvement proréformes quitte à la reprendre à son compte, bien que des responsables de sa formation soient eux-mêmes accusés de corruption.

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