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18/03/2016 03:19 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

GB: le Labour traine des pieds pour éviter un Brexit

Pour gagner son pari de maintenir le Royaume-Uni dans l'Union européenne, le Premier ministre conservateur britannique a besoin du soutien de l'électorat de gauche, très pro-Europe. Mais le chef du Labour traîne ostensiblement des pieds pour le mobiliser.

"Sans les votes du Labour, le Royaume-Uni quittera l'Europe et (David) Cameron ses fonctions avec le titre du Premier ministre le plus calamiteux depuis que Lord North a perdu l'Amérique", estime l'éditorialiste du quotidien The Guardian Polly Toynbee.

Or si la ligne officielle du Labour est de défendre le maintien dans l'UE, alors que les sondages sont plutôt serrés à près de trois mois du référendum, le 23 juin, il ne se montre pas très enclin à se lancer pleinement dans la bataille et à mobiliser ses troupes.

"On ne peut guère imaginer faire moins", constate Sara Hobolt, professeure à l'Institut européen de la London School of Economics (LSE).

Cette discrétion est à attribuer en grande partie à l'attitude ambivalente du chef du Labour, le très à gauche Jeremy Corbyn.

Certes, il a annoncé qu'il ferait campagne pour rester dans l'UE car il ne peut se permettre de prendre le contre-pied de la volonté du parti et des militants. Mais il a décidé qu'il ne le ferait que du bout des lèvres car personnellement il n'a jamais caché son antipathie pour le projet européen, trop capitaliste et pas assez social à son goût.

"Il estime que l'UE va trop loin en terme de +libre marché+", souligne Matthew Goodwin, professeur de sciences politiques à l'université du Kent.

- Punir le gouvernement -

Sa deuxième motivation est d'ordre politique: pourquoi faire un cadeau à David Cameron en menant campagne pour lui? Et un revers du Premier ministre ne serait pas pour lui déplaire.

D'où son attitude qui consiste à quasi ignorer la question, souligne Joe Twyman, responsable de la recherche politique et sociale de l'institut de sondage YouGov. "Fondamentalement, le message qu'il envoie c'est +je m'en fous et vous devriez faire de même+".

Un sondage de YouGov publié vendredi par le quotidien Times semble lui donner raison: il montre que les divisions au sein du parti conservateur sur l'UE entre partisans d'un Brexit et ceux qui veulent rester dans le bloc des 28, érodent sa popularité et placent les travaillistes en tête en cas d'élections.

Cependant ces calculs commencent à inquiéter y compris dans son propre camp, qui craint une large abstention des électeurs de gauche.

"Nous devons expliquer à nos membres qu'il faut aller voter", a déclaré récemment le leader de la campagne travailliste pour rester dans l'UE, Alan Johnson, appelant également les syndicats, pour l'instant très silencieux, à s'investir. "Il n'y a pas de progrès à attendre d'une sortie de l'UE", au contraire les emplois britanniques pourraient en souffrir, a-t-il mis en garde.

Pour Chuka Umunna, qui ambitionnait l'an dernier de prendre la tête du Labour, "l'UE n'est pas parfaite et doit être réformée. Mais ce n'est pas le moment de nous croiser les bras" et de laisser les nationalistes du parti europhobe Ukip emporter la partie, renchérissait-il.

Selon un sondage YouGov réalisé début mars, 43% des Britanniques disent ne pas savoir quelle est la position du Labour dans le débat sur l'UE. Ce chiffre atteint 35% chez ses propres électeurs.

Faute de se montrer plus clair, ces derniers pourraient donc bien choisir de ne pas aller voter, explique Sara Hobolt. "Ils ont des raisons de rester à la maison s'ils pensent que c'est le référendum d'un gouvernement pour lequel ils n'ont pas voté. Ils peuvent décider de punir ce gouvernement pour d'autres choses dont ils sont mécontents".

Le taux de participation sera essentiel, note aussi Joe Twyman. "S'il est de l'ordre de 30% (comme lors de précédents référendums, ndlr), le vote pour quitter l'emportera car les seules personnes à voter seront celles pour qui il est vraiment important de partir".

"Si c'est 60% (...), alors ce sera un vote pour rester car cela voudra dire qu'assez de gens qui veulent rester seront venus voter".

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