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18/03/2016 07:53 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Espagne : Podemos, en crise de croissance, tente de reprendre le dessus

Le chef du parti de gauche radicale espanol Podemos, Pablo Iglesias, tentait vendredi à Madrid d'éteindre l'incendie au sein de son mouvement, où des militants craignent une rupture au sommet après sa décision de congédier son numéro trois.

M. Iglesias présidait une réunion avec les principaux dirigeants territoriaux de sa formation, deux jours après avoir congédié l'homme qui assurait leur coordination, Sergio Pascual, proche du numéro deux Iñigo Errejon.

Il s'agit "d'expliquer sa décision", a déclaré à l'AFP Carolina Bescansa, membre de la direction et cofondatrice de Podemos.

Cette réunion intervient alors que le départ forcé de Sergio Pascual a été présenté par une partie de la presse comme l'ouverture des hostilités entre Pablo Iglesias et Iñigo Errejon, directeur de toutes ses campagnes. "Errejon prépare la contre-attaque pour le contrôle de Podemos", titrait même vendredi le quotidien El Pais.

La situation est délicate alors que Podemos, aujourd'hui troisième force politique du pays, dit vouloir négocier avec les socialistes pour former un gouvernement de coalition, dont Pablo Iglesias exige notamment la vice-présidence.

Cette crise intervient alors qu'au sein du Parti socialiste la division règne aussi sur un rapprochement avec Podemos.

Une telle coalition remplacerait la droite au pouvoir depuis 2011, arrivée première aux législatives du 20 décembre mais avec seulement 28,7% des suffrages, après quatre ans de politiques d'austérité impopulaires.

D'aucuns veulent voir dans les différends au sein de Podemos une guerre entre les partisans d'une ligne modérée incarnée par Iñigo Errejon, souhaitant l'avènement rapide d'un gouvernement de gauche pour remplacer l'exécutif de droite de Mariano Rajoy, et ceux d'une ligne plus radicale, opposée à ce que Podemos déroule un tapis rouge aux socialistes, et favorable à la tenue de nouvelles élections législatives.

- Silence du numéro deux -

Or depuis l'annonce de la destitution de Sergio Pascual, Iñigo Errejon est resté silencieux, alimentant, y compris parmi les militants, les craintes de déchirements au sein de Podemos, l'allié du grec Syriza en Europe.

Iglesias et Errejon, chercheurs en sciences politiques respectivement âgés de 37 et 32 ans, étaient jusqu'à présent réputés très proches. "Une dispute entre les deux pourrait détruire le parti", déclarait vendredi à l'AFP un militant, Tristan Duanel, évoquant un climat de rumeurs et de "cour de ragots".

Carolina Bescansa nie toute divergence stratégique. "Nous sommes tous d'accord que le chemin à suivre est celui d'un gouvernement de coalition" avec les socialistes et les alliés territoriaux de Podemos, dit-elle. Podemos vit bien "une crise de croissance, qui n'est pas la première", admet-elle.

Avant de démettre Pascual de ses fonctions, Iglesias avait affronté la fronde de membres de la direction de Podemos en Galice (nord-ouest) puis dans la région de Madrid, qui avaient démissionné.

Sergio Pascual n'a pas su éviter "des mouvements de déstabilisation interne", dit Carolina Bescansa, assurant que Podemos ne peut laisser émerger des "groupes organisés dans le parti mus par des intérêts institutionnels, personnels, sectoriels" sans rapport avec ses idéaux.

"C'est difficile de passer d'un groupe de quarante personnes (qui se réunissait) dans un théâtre madrilène à ce quatrième étage" du Congrès des députés, dit-elle, en référence à l'ascension fulgurante de son parti, fondé début 2014 à la fois par des représentants de plateformes citoyennes "indignées", d'organisations de la société civile et d'anciens communistes ou écologistes.

Cette vision est confirmée à l'AFP par le politologue de l'université Carlos III de Madrid Pablo Simon, selon lequel Podemos s'interroge encore sur son modèle : "un parti de cadres ou de mouvements, un parti centralisé ou décentralisé".

Il dispose de peu de temps pour résoudre ces débats : la Constitution autorise les partis à négocier jusqu'au 2 mai pour former un gouvernement, faute de quoi de nouvelles élections devront être organisées.

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