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18/03/2016 11:52 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Dernier jour de campagne au Congo: "le tenant du titre" Sassou tient sa victoire pour "certaine"

"Otchombe a gagné !" Avant même le verdict des urnes, pour les partisans de Denis Sassou Nguesso, la présidentielle de dimanche est déjà pliée. "Otchombe", le lutteur à la stature imposante et aux muscles saillants a déjà mis "K.O." ses opposants.

Pour son dernier rassemblement de campagne, vendredi à Brazzaville, le président congolais sortant, qui cumule plus de 32 ans de pouvoir, a employé les grands moyens : montgolfières, grosses sonos, ballons géants gonflés à l'hélium. L'effigie du "candidat-président" est partout et s'affiche sur des dizaines de milliers de tshirts jaunes, blancs ou noirs.

Dans la foule éparse le long du boulevard des Armées, qui s'agglutine autour d'écrans géants pour suivre le spectacle, il y a beaucoup de jeunes, dont beaucoup de ne semblent pas en âge de voter. Certains brandissent des peluches d'éléphant, l'emblème de campagne du président.

"Vous avez vu de vous-même, on l'aime notre président", dit l'un deux. Avant l'arrivée du héros du jour, des bateleurs d'estrade chauffent la foule. Sur un air de rumba interminable, l'un d'eux chante les louanges du vieux chef né en 1943 : "Le tenant du titre, le champion toutes catégories, l'incomparable, Denis Sassou Nguesso", alias "DSN".

La machine est bien rodée. A la question : "un coup?", la foule répond : "K.O." en référence à la promesse faite par le président en début de campagne de l'emporter dès le premier tour, comme en 2002 et en 2009, où il avait gagné haut la main des élections largement boycottées par l'opposition. Peu importe qu'il y ait cette fois-ci de véritables opposants à défaire.

Fendant la foule en voiture pendant que les participants agitent petits drapeaux et casquettes de campagne, le président prend place à côté de son épouse, chacun dans un fauteuil pourpre rembourré et orné de dorures.

"Vous avez sillonné le pays d'est en ouest, du nord au sud, vous êtes le seul à l'avoir fait", dit un orateur en l'accueillant.

- 'fauteurs de troubles' -

Trahissant un reste de l'idéologie marxiste qui a longtemps animé sa formation, le secrétaire général du Parti congolais du travail (PCT), Pierre Ngolo, s'adresse au "camarade-président". Il raconte à quel point celui-ci n'est jamais intervenu dans le processus de changement de la Constitution qui lui a permis, après son adoption en octobre par un référendum qualifié de "coup d'Etat constitutionnel" par l'opposition, de briguer un nouveau mandat.

M. Ngolo, remercie le chef de l'Etat d'avoir accepté de répondre à l'invitation du parti à être son candidat.

Mais jusqu'au 19 février, la veille de la limite de dépôt des dossiers des postulants à la magistrature, "nous étions inquiets", va jusqu'à dire M. Ngolo.

C'est à cette date que M. Sassou Nguesso a confirmé sa candidature en répondant à une question posée par une jeune femme lors d'une visite du chef de l'Etat et opportunément filmée par la télévision publique.

Reprenant le discours des autorités présentant les candidats de l'opposition comme des insurgés en puissance qui appelleraient déjà la population à se soulever en disant craindre des fraudes massives, Firmin Ayessa, directeur de cabinet et de la campagne du président, déclare : "Ce qui se profile est inquiétant. Des fauteurs de troubles veulent [abîmer] votre oeuvre."

Passe une vidéo de campagne vantant les réalisations du président. L'extrait s'achève par un Sassou Nguesso modeste, qui s'excuse de ne pas pouvoir commander à la pluie.

Vient le tour de "DSN" de parler. Le président répète à ses auditeurs son programme électoral 2016 : des promesses de création d'emplois et de développement accéléré dans un pays miné par le chômage (tout particulièrement chez les jeunes), ainsi que "paix, sécurité et stabilité".

Entrecoupé par des cris de "100%" (des voix) , le candidat lance des "gnien-gnien !" (Du calme !) puis autorise la foule à chanter en lingala : "On aime toujours Sassou, qui es-tu pour refuser Sassou ? C'est l'homme de la paix !"

"Je n'ai pas pu aller partout, dans toutes les localités de l'intérieur du pays, je demande des excuses mais c'est partie remise parce que comme pour nous la victoire est certaine le 20 mars, j'irai les voir", déclare le président. Une consigne tout de même dimanche, "allez voter !"

mj/fra