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18/03/2016 10:36 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Dans le fief de Bachar al-Assad, les habitants regrettent le départ des Russes

Dans la ville côtière de Lattaquié, fief du régime syrien, les habitants disent que le son familier des avions russes va leur manquer maintenant que Moscou a entamé un retrait partiel de ses forces.

Les Russes disposent près de cette ville d'une base aérienne depuis laquelle ils bombardent depuis fin septembre des groupes rebelles hostiles au régime de Bachar al-Assad.

Mais quand Khaled, un commerçant de la ville, a entendu lundi Vladimir Poutine annoncer le départ de l'essentiel du contingent russe, il était effondré. "On ne veut pas qu'ils partent, on les aime !", dit-il à l'AFP.

Pour ce marchands de souvenirs d'une trentaine d'années, comme pour d'autres habitants de Lattaquié, le retrait des Russes -entamé dès mardi- est un coup dur.

Non seulement parce que le soutien aérien de Moscou a permis aux forces progouvernementales de reprendre l'initiative sur le terrain mais aussi parce que la présence de milliers de soldats russes s'est révélée bonne pour les affaires.

Khaled explique que ses "amis russes", des gens "gentils et bien élevés" qui fréquentaient son magasin de souvenirs, sont venus lui dire au revoir cette semaine.

"Avec leurs avions au-dessus de nos têtes, on se sentait en sécurité", assure-t-il. "Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve, j'ai vraiment peur, j'espère que Dieu va protéger notre pays".

Dans l'échoppe où Mouin Kajou prépare des sandwiches orientaux, les posters de Poutine côtoient ceux de Hafez Al-Assad, père de Bachar et dont le clan dirige la Syrie d'une main de fer depuis un demi-siècle.

Pendant six mois, le petit restaurant de Mouin débordait "de soldats russes et leurs familles qui voulaient goûter nos +chawarma+" au poulet grillé.

"Leur départ va clairement affecter l'activité économique" de la ville, déplore Mouin, qui s'inquiète aussi de l'impact de ce retrait sur le champ de bataille, alors que la guerre est entrée dans sa sixième année.

"C'est un coup au moral parce que les Russes ont lancé de nombreuses opérations militaires et engrangé des victoires rapides", notamment dans la province de Lattaquié (ouest), dans celle d'Alep (nord) et à Deraa (sud), poursuit-il.

- 'J'ai peur' -

Sur la corniche, des drapeaux russes battus par une brise marine flottent au-dessus des promeneurs. L'un deux, Alaa al-Sayyed, étudiant de 22 ans se dit "sous le choc". Il ne comprend toujours pas pourquoi les Russes ont décidé de se retirer alors qu'ils "sont au sommet".

"J'ai peur que l'armée commence à reculer maintenant car les plus grandes victoires ont été forgées grâce au soutien russe", explique-t-il à l'AFP.

Le retrait russe n'est toutefois que partiel et Moscou a annoncé vendredi qu'il appuyait actuellement l'offensive du régime pour "libérer" Palmyre (centre) de l'emprise du groupe Etat islamique, à raison de "20 à 25 raids aériens par jour".

Dans le quartier de Dahiya Tishreen, Tarek Chaabo se montre confiant. "La Russie ne nous laissera pas tomber", assène le propriétaire du bien nommé café "Moscou".

"Les Russes avaient un calendrier pour leur opération militaire en Syrie, ils ont fini leur mission et ils repartent", résume-t-il, persuadé que l'intervention de Moscou a inversé la tendance en faveur du régime pour de bon.

Selon lui, les Russes "ont détruit les capacités militaires, économiques et humaines des groupes armés (d'opposition )".

Moscou "nous soutient toujours, simplement ce sera maintenant avec une approche politique", plus que militaire, pour sortir d'un conflit qui a fait plus de 270.000 morts et contraint des millions de Syriens à quitter leur foyer.

"Et si les efforts politiques venaient à échouer, les Russes ont de toute façon ouvert la voie à l'armée syrienne", affirme Tarek.

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