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18/03/2016 09:43 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Crise des migrants: bientôt une reprise des arrivées depuis la Libye?

Alors que le printemps n'est même pas entamé, plusieurs milliers de migrants venus de Libye ont été secourus depuis mardi dans le sud de la Méditerranée, faisant craindre un nouveau front dans la crise des migrants.

L'Italie, qui avait vu 170.000 migrants débarquer en 2014 et 153.000 en 2015, avec à chaque fois un pic d'avril à octobre, reviendrait ainsi aux avant-postes de la crise migratoire en Europe.

L'Union européenne vient de trouver un accord avec la Turquie pour tenter de juguler l'autre grande route des migrants sur le flanc sud-est du continent, via la mer Egée et la Grèce, qui a déjà vu passer 144.000 migrants cette année.

Réunis vendredi à Bruxelles autour de la chef de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini, les dirigeants de six pays européens ont évoqué à cette occasion la situation politique et sécuritaire "préoccupante" en Libye.

Jeudi soir, le président français François Hollande avait estimé qu'il y avait un "risque très sérieux", si la Libye reste plongée dans le chaos, de nouveaux "mouvements de populations" passant par "Malte, l'Italie et demain, une fois encore, des pays comme l'Allemagne et la France".

"C'est évident, le printemps va ramener beaucoup de migrants" depuis la Libye, prévient l'amiral Alain Coldefy, directeur de la revue Défense Nationale.

Après plusieurs semaines de calme relatif marqué par très peu de départs depuis la Libye, plus de 3.600 migrants ont été secourus depuis mardi et conduits en Italie.

Pourtant, même si le maillage des secours s'est resserré après une série de naufrages meurtriers il y a près d'un an, la traversée reste terrifiante: quatre cadavres ont été récupérés sur les embarcations cette semaine.

Difficile à ce stade de savoir s'il s'agit des prémices d'une arrivée massive, ou de l'une de ces habituelles vagues de migrants entassés sur des zodiacs au gré des brutalités et de la cupidité des passeurs, ou à la faveur des embellies de la météo.

Il y avait ainsi eu une vague de plus de 2.500 départs en quelques jours fin janvier, avant que l'activité ne retombe vite.

- 'Tremplin' -

Le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) a enregistré l'arrivée de 11.912 migrants par la mer en Italie cette année, soit près de 2.000 de plus que l'an dernier.

Selon une lettre de Mme Mogherini aux 28 membres de l'UE, consultée par l'AFP, la Libye compte actuellement "plus de 450.000 personnes déplacées et réfugiés qui pourraient être des candidats potentiels à la migration vers l'Europe".

Mussie Zerai, un prêtre érythréen devenu un point de référence pour les migrants en détresse pendant leur périple, estime pour sa part qu'il y a actuellement en Libye "quelque dizaines de milliers de migrants africains qui attendent de prendre la mer".

"C'est nettement moins que l'année dernière à la même époque. Les gens entendent parler du chaos en Libye, des exactions de l'EI contre les chrétiens, des menaces d'intervention militaire, ils ont peur", a-t-il expliqué à l'AFP, tout en signalant une forte présence de réfugiés érythréens dans les camps au Soudan, prêts à prendre la route.

Jeudi, le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi a mis en garde contre "le risque d'une vague de réfugiés deux ou trois fois plus grande qu'aujourd'hui".

En début de semaine, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a lui souligné le "risque majeur" que l'Etat islamique (EI) organise le passage de migrants vers Lampedusa depuis les zones qu'il contrôle sur le littoral libyen.

"Il y a une très forte possibilité que l'EI se serve de la Libye comme d'un tremplin vers l'Europe", a également estimé jeudi le centre de réflexion Combating Terrorism center (CTC).

"Alors que nous sommes en train de passer un accord avec la Turquie, que la route d'émigration par la Grèce est peut-être en train de s'essouffler, la voie naturelle et la plus simple pour les migrants sera de passer par la Libye", a expliqué à l'AFP l'amiral Coldefy.

De plus, indépendamment de l'EI, un pan entier de l'économie libyenne s'est tourné vers le trafic des migrants, une activité d'où certaines zones côtières, contrôlées par une myriade de groupes armés tirent 50% de leurs revenus, selon les marines européennes.

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