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18/03/2016 13:48 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Brésil: la gauche manifeste en plein chaos politique

La gauche brésilienne manifestait vendredi en soutien de la présidente Dilma Rousseff, menacée de destitution, en plein ping-pong judiciaire sur la nomination controversée au gouvernement de son charismatique prédécesseur Lula, soupçonné de corruption par la justice.

Lula a remporté une victoire de courte durée, lorsqu'un tribunal de Rio de Janeiro a annulé en appel un jugement de première instance qui suspendait sa prise de fonction comme chef de cabinet (quasi Premier ministre) de Mme Rousseff, estimant que la justice n'avait pas à s'ingérer dans les pouvoirs discrétionnaires de la présidente.

Mais selon plusieurs médias brésiliens, un juge de l'Etat de Bahia a prononcé vendredi une nouvelle mesure de suspension.

Une cinquantaine de demandes identiques sont examinées dans tout le Brésil, dont une douzaine devant le seul Tribunal suprême fédéral (STF), rendant très incertain le sort de Lula.

Le Parti des travailleurs (PT, au pouvoir), la Centrale unique des travailleurs (CUT) et d'autres mouvements de gauche mobilisaient leurs troupes dans plus de 30 villes, cinq jours après les manifestations qui ont rassemblé trois millions de Brésiliens contre Mme Rousseff.

A Salvador de Bahia (nord-est), un imposant cortège a rassemblé 50.000 manifestants selon la police et 100.000, selon les organisateurs.

Dans le centre de la capitale économique Sao Paulo, des dizaines de milliers de militants agitant des drapeaux rouges manifestaient le long de la grande avenue Paulista.

Les organisateurs ont annoncé au mégaphone que Lula rejoindrait la manifestation vers 18H00 (21H00 GMT).

L'homme du miracle socio-économique brésilien des années 2000 attendu comme le Messie par un gouvernement au bord du naufrage, n'est pas apparu en public depuis jeudi.

"Non au coup d'Etat ", pouvait-on lire sur des ballons.

"J'ai voté deux fois pour Lula et deux fois pour Dilma et je ne les laisserai pas tomber", a déclaré Iraci Tulli, une retraitée de 68 ans.

"Nous voulons défendre le gouvernent contre le coup d'Etat, défendre nos libertés et nos droits", disait de son côté Nilton Cursino, un ouvrier de Petrobras âgé de 55 ans et membre du PT.

A quelques mois des jeux Olympiques de Rio, le Brésil est plongé dans une profonde crise politique, alors que l'énorme scandale de corruption Petrobras éclabousse la coalition au pouvoir en pleine récession économique.

- Rousseff décidée à se battre-

Ancienne guerillera torturée sous la dictature, Dilma Rousseff a affirmé sa détermination à se battre jusqu'au bout.

"Les cris des putschistes ne vont pas me faire dévier de mon cap", avait-elle lancé jeudi pendant la cérémonie de prise de fonction de son prédécesseur (2003-2010) et mentor, Lula.

La diffusion de l'écoute d'une conversation entre la présidente et Lula dans laquelle elle l'informait qu'elle allait lui faire parvenir son décret de nomination "en cas de nécessité", a fait l'effet d'une bombe.

Beaucoup l'ont interprété comme la confirmation que l'entrée au gouvernement de Lula visait à le protéger contre une arrestation par le juge qui le soupçonne de corruption dans le scandale Petrobras.

La présidente a contre-attaqué sur ce thème vendredi. "Dans beaucoup de pays, quiconque écoute un président va en prison s'il n'a pas reçu d l'autorisation de la Cour suprême", a-t-elle ajouté, promettant de prendre "les mesures qui s'imposent".

- la demande de destitution examinée -

A l'assemblée, une Commission spéciale de 65 députés a commencé à examiner tambour battant la demande de destitution de la présidente, accusée par l'opposition d'avoir maquillé les comptes publics en 2014, l'année de sa réélection.

Le rapport de la Commission qui sera soumis à l'Assemblée plénière du Congrès des députés devra recueillir les deux tiers (342 sur 513) des voix pour que soit prononcée la mise en accusation de la présidente devant le Sénat, sinon la procédure sera enterrée.

En cas de mise en accusation, la présidente serait d'abord écartée de ses fonctions pendant 180 jours au maximum. Il faudrait ensuite les deux tiers des sénateurs (54 sur 81) pour la destituer, faute de quoi elle reprendrait ses fonctions.

Le président bolivien Evo Morales a estimé vendredi que la droite brésilienne voulait asséner un "coup parlementaire et un coup judiciaire" à Dilma Rousseff.

bur-ih/pal/lpt

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