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18/03/2016 03:52 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Breivik demande la condamnation de l'État pour traitement "inhumain"

L'avocat d'Anders Behring Breivik, qui a tué 77 personnes en Norvège en 2011, a demandé vendredi la condamnation de l'État norvégien pour traitement "inhumain" et "dégradant", les griefs de l'extrémiste de droite allant du café froid à l'isolement carcéral.

"Les motifs pour lesquels l'intéressé a été condamné doivent être laissés de côté", a déclaré Øystein Storrvik au quatrième et dernier jour du procès intenté par l'extrémiste de 37 ans à l'Etat.

"Pour celui que tout le monde déteste, le droit est la dernière possibilité de garantir des droits fondamentaux", a-t-il dit, appelant la Cour à transcender les "perceptions populaires".

Pour des raisons de sécurité, le procès civil se tient dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où Breivik purge une peine de 21 ans susceptible d'être prolongée ultérieurement.

Le 22 juillet 2011, il avait tué 77 personnes, huit en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo et 69 autres en ouvrant le feu sur un camp d'été de la Jeunesse travailliste.

Pendant plus d'une heure, il avait traqué près de 600 adolescents piégés sur l'île d'Utøya et terrifiés, achevant d'une balle dans la tête la plupart de ses victimes qui faisaient, selon lui, le lit du multiculturalisme.

Comme redouté, Breivik en a fait une tribune politique. Après un salut hitlérien le premier jour, il a fait son coming-out nazi tout en assurant avoir renoncé à la violence, osant une comparaison avec Nelson Mandela.

M. Storrvik a dit y voir un signe de sa "vulnérabilité mentale". Costume sombre et crâne rasé, Breivik n'a pas bronché.

Malgré la douleur de cette nouvelle épreuve, des rescapés d'Utøya et parents qui ont perdu un enfant sur l'île ont insisté sur la nécessité d'accorder à Breivik les mêmes droits qu'aux autres détenus.

"Nous n'en finirons jamais avec lui", estimait cette semaine le journal Aftenposten, prédisant que le procès n'était que le premier d'une longue série initié par un "terroriste" avide d'attention médiatique. "Mais il en est ainsi dans un État de droit. Il faut qu'il en soit ainsi".

- 'Avec ou sans PlayStation' -

Breivik est détenu à l'écart des autres prisonniers et ses contacts avec le monde extérieur (visites, correspondance...) sont étroitement contrôlés.

Soulignant la durée de cet isolement, M. Storrvik a accusé la Norvège de violer deux dispositions de la convention européenne des droits de l'Homme, l'une interdisant les traitements "inhumains" et "dégradants", l'autre garantissant le respect de sa correspondance.

Le pays scandinave se prévaut pourtant d'un système carcéral humaniste axé sur la réhabilitation plus que sur la punition.

A Skien, Breivik dispose au total de 31 m2 répartis entre trois cellules de vie, d'études et d'exercices physiques. Il a aussi une télévision avec lecteur DVD, une console de jeux, une machine à écrire, des livres et des journaux.

"Il est clair qu'il a besoin de parler avec d'autres personnes. Quand on est seul, que ce soit dans une ou trois cellules, avec ou sans PlayStation et Xbox, le cerveau bout et les pensées partent dans tous les sens", a estimé M. Storrvik.

"C'est là qu'on a peut-être besoin de quelqu'un qui dise +devenir nazi, ce n'est peut-être pas très futé, c'est peut-être une pensée que tu devrais évacuer+", a-t-il ajouté.

Les griefs de l'extrémiste vont du café froid et des plats cuisinés "pires que le waterboarding" -- torture consistant à simuler une noyade -- aux centaines d'inspections corporelles et aux maux de tête qu'il attribue à son isolement.

Aucun des professionnels --médecins, psychiatre, personnel pénitentiaire-- qui l'ont observé en prison n'a dit avoir relevé d'altération grave de sa santé physique ou mentale due à son régime carcéral.

Pour les avocats qui défendent l'État, ses conditions de détention sont "largement conformes à ce qui est permis" par la Convention européenne des droits de l'Homme.

Leur plaidoirie est attendue dans l'après-midi.

Cette semaine, ils ont fait valoir que le détenu était "extrêmement dangereux" et qu'il était indispensable de l'empêcher de correspondre avec des sympathisants. "Parmi eux pourrait se trouver un nouveau Breivik", a souligné l'avocate de l'État, Adele Matheson Mestad.

Le verdict est attendu dans environ un mois.

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