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18/03/2016 00:37 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Bénin/ présidentielle: le technocrate Zinsou contre le "self-made man" Talon

Le Premier ministre sortant Lionel Zinsou, un technocrate chevronné, affronte le "self made man" devenu riche homme d'affaires Patrice Talon, dimanche au second tout de la présidentielle au Bénin, pour succéder au chef de l'Etat Thomas Boni Yayi.

Lionel Zinsou, un technocrate au carnet d'adresses fourni

Ce banquier d'affaires franco-béninois de 61 ans a surpris tout le monde en quittant son poste à la tête de PAI Partners, un des plus gros fonds d'investissement européens, pour devenir Premier ministre du Bénin en juin 2015.

Désigné candidat des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), le parti du président sortant Thomas Boni Yayi qui se retire après deux mandats conformément à la Constitution, M. Zinsou a aussi été adoubé par deux grands partis d'opposition.

Mais il n'a obtenu qu'une très courte avance au premier tour (27,11% contre 23,52% pour M. Talon), et devra faire face dimanche à une coalition de 24 candidats réunis derrière son rival.

Normalien, plume du Premier ministre socialiste français Laurent Fabius dans les années 1980, il a troqué ses costumes stricts de financier pour d'amples boubous africains, ponctue ses meetings d'expressions en fon, la langue la plus parlée du Bénin, qu'il ne parle pas, et rappelle souvent qu'il est le neveu d'un ancien président béninois, Emile-Derlin Zinsou.

A ceux qui l'accusent de ne rien connaître au Bénin, il rétorque qu'il n'a "jamais cessé d'y venir".

"Je n'ai jamais cessé d'avoir ici mon père, des enfants, une entreprise, une fondation, des incubateurs de PME avant qu'ils ne soient à la mode", insiste-t-il depuis l'élégant salon de sa villa de Cotonou, d'où les murs sont recouverts d'oeuvres de son importante collection d'art contemporain africain.

Mais il a du mal à se défaire de son image de technocrate parisien. Ses détracteurs, qui le traitent volontiers de "yovo" ("le blanc") lui reprochent d'être "parachuté" par Paris, l'ancien colonisateur, pour raviver les réseaux de la "Françafrique".

Ses partisans mettent en avant sa brillante carrière, son afro-optimisme et son gigantesque carnet d'adresses - de Bill Gates à Barack Obama, dit son site internet - qui en font, selon eux, l'homme providentiel qui saura développer le Bénin.

Patrice Talon, entrepreneur prospère, flambeur assumé

Chemise blanche ouverte, costumes cintrés, et lunettes de soleil, c'est au volant de son coupé Porsche que l'homme d'affaires de 57 ans est allé voter au premier tour de la présidentielle, le 6 mars. Ce flambeur assumé, qui tient à son image de "self-made man", se veut le "candidat de la rupture".

Entrepreneur incontournable au Bénin, contrôlant le secteur clé du coton et la gestion du port de Cotonou, Patrice Talon fut un des acteurs les plus puissants de la vie économique du pays avant de devenir l'ennemi public numéro un du président Boni Yayi.

Longtemps proche du chef de l'Etat, dont il avait financé les deux campagnes présidentielles en 2006 et 2011, il a été accusé d'être le cerveau d'une tentative d'empoisonnement du président en 2012, puis d'être impliqué dans une tentative d'attentat à la sûreté de l'Etat en 2013.

A l'époque, M. Talon était déjà poursuivi au Bénin dans plusieurs affaires de malversations et avait fui son pays. En mai 2014, M. Boni Yayi lui a finalement accordé son pardon.

Originaire de la ville côtière de Ouidah, M. Talon est issu d'une famille modeste, avec un père instituteur. On dit que son appartenance à l'ethnie fon, comme l'ancien président Nicéphore Soglo, a joué en sa faveur en début de carrière et qu'il n'a cessé, depuis, d'entretenir des rapports étroits avec le pouvoir.

De retour il y a quelques mois d'un exil de plusieurs années à Paris, il a décidé de se lancer dans la course à la présidence, "peut-être une façon de se protéger en devenant un acteur politique important au lieu d'être un homme d'affaires riche mais vulnérable", analyse Gilles Yabi, fondateur du cercle de réflexion ouest-africain Wathi, basé à Dakar.

Sa réussite sociale et son goût pour le luxe font rêver une partie de la jeunesse béninoise, qui voit en lui celui qui saura créer des emplois et de la richesse à l'échelle du pays.

Il bénéficie, pour le second tour, du précieux soutien de 24 candidats du premier tour, dont Sébastien Ajavon, "l'autre" homme d'affaires-candidat, qui a fait fortune dans l'agro-alimentaire et qui s'est imposé comme le troisième homme, en obtenant 22,07% des voix.

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