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18/03/2016 11:54 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Après l'accord UE-Turquie, les réfugiés d'Idomeni déçus mais toujours décidés à "traverser"

"On m'a dit le résultat du sommet mais moi je vais quand même traverser la frontière pour aller en Allemagne". Pour Raed comme des milliers d'autres Syriens freinés à Idomeni, pas question d'abandonner leur rêve sur l'autel de l'accord UE-Turquie.

A l'annonce de cet accord prévoyant le renvoi de tous les nouveaux migrants arrivant en Grèce vers la Turquie à compter de dimanche, Raed a participé vendredi avec une cinquantaine d'autres réfugiés à une manifestation sur la voie ferrée, près du camp d'Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne.

"Nous sommes des citoyens", ont chanté en arabe pendant une heure des réfugiés, surtout syriens, en réclamant l'ouverture des frontières. Ils se sont ensuite dispersés calmement sous la présence discrète des policiers grecs.

Quelques Syriens ont incité les réfugiés du camp à se rassembler et à rester sur la voie ferrée tant que les frontières n'ouvriront pas, mais sans résultat pour l'instant.

"Nous devons rejoindre notre père en Allemagne, il est parti le premier et nous attend. Qu'allons-nous faire?", déplore Imen, une adolescente de 17 ans d'Alep qui voyage avec son frère, sa mère et ses deux tantes.

"Nous pensions qu'après le sommet, nous pourrions passer. Pour le moment, nous allons rester à Idomeni", poursuit-elle.

Pour le Premier ministre grec Alexis Tsipras, la priorité est actuellement de parer "à la crise humanitaire à Idomeni" où une dizaine de milliers de migrants s'entassent dans des conditions précaires en attendant une hypothétique réouverture de la frontière avec la Macédoine voisine.

Il a appelé les réfugiés à "quitter" le camp et à "accepter d'être transférés vers des centres d'accueil" installés récemment à travers la Grèce car "leur santé est exposée à des risques".

-La relocalisation, 'dernier recours' -

Les pluies quotidiennes ont transformé le camp d'Idomeni en véritable bourbier. Des milliers de réfugiés n'ont d'autre abri que leurs tentes plantées dans des champs inondés, le principal camp installé par des ONG étant débordé.

Des dizaines de réfugiés, principalement des enfants, ont été hospitalisés souffrant surtout de fièvre tandis qu'un cas d'hépatite A a été signalé il y a trois jours.

"Je veux aller en Allemagne, je vais attendre ici, ils ne peuvent pas nous forcer à partir dans des centres d'accueil", insiste Saleh Abdaljban, un Syrien originaire de Damas.

Il y a vingt jours qu'il est arrivé avec sa famille à Idomeni après avoir débarqué sur une île grecque en mer Egée, principale porte d'entrée des réfugiés en Europe en provenance des côtes proches turques.

Sur le terrain, des autorités grecques distribuer des tracts avec des informations sur les centres d'accueil disponibles, mais la majorité des migrants espèrent encore franchir la frontière macédonienne, fermée depuis deux semaines, pour remonter vers l'Allemagne.

Toutefois, de petits groupes ont accepté ces derniers jours d'être conduits dans d'autres camps.

Plus de 46.000 migrants et réfugiés sont actuellement bloqués en Grèce, dont un quart à Idomeni.

Leur seul choix est de faire une demande d'asile en Grèce et en cas d'acceptation, ils pourront participer au programme européen de relocalisation et aller dans un autre pays, sans pouvoir choisir celui-ci. Sinon, ils seront renvoyés à leurs pays d'origine.

"Nous voulons rejoindre des membres de notre famille en Allemagne, le projet de relocalisation ce ne sera vraiment qu'en dernier recours. Il y a des gens qui disent qu'on peut passer par l'Italie pour continuer notre voyage", explique Saleh.

Mercredi, quatre Grecs et deux Irakiens, membres d'un réseau de passeurs présumés, ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de faire passer en Italie par un petit avion, à partir du discret aéroport de Messolonghi (centre), un groupe de sept Irakiens, dont quatre enfants.

Ils avaient selon la police déjà réalisé 12 opérations, à raison de 4.500 à 7.500 euros par personne.

Si sa demande de relocalisation est refusée, Fadi, un diplômé syrien en économie, "n'aura pas d'autre choix que d'accepter une offre de trafiquants", dit-il/

Mais Nour Shihab, une jeune ingénieur syrienne se veut plus pragmatique: "je vais rester à Idomeni encore cinq jours et je verrai: soit je vais tenter le programme de relocalisation, soit je resterai en Grèce"

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