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18/03/2016 03:25 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

Angleterre - Leicester: doux mentor, dingue d'informatique et revanchards

La formidable réussite de Leicester, leader de Premier League après 30 journées devant les plus grosses écuries, est celle d'un entraîneur qui a su s'ouvrir, d'un recruteur aux logiciels de rêve et de joueurs promis à la descente la saison passée devenus des machines à gagner.

. Ranieri, papy pizza

"Quand j'ai parlé la première fois aux joueurs, j'ai réalisé qu'ils craignaient la tactique italienne", a raconté Claudio Ranieri au Corriere della Sera, après avoir discrètement remplacé l'été dernier Nigel Pearson, limogé après avoir maintenu l'équipe.

"Ils ne semblaient pas convaincus, moi non plus d'ailleurs, confie encore l'entraîneur âgé de 64 ans. J'admire ceux qui élaborent de nouvelles tactiques mais le plus important, c'est de s'appuyer sur les qualités des joueurs présents. Donc j'ai dit que je croyais en eux et qu'on parlerait peu de tactique."

Cette ouverture d'esprit, tirée de sa précédente expérience anglaise à Chelsea de 2000 à 2004, a marché à plein. Depuis, le charme agit. En rassurant son effectif dans un 4-4-2 classique, son équipe est devenue, selon les experts, la meilleure machine européenne de contres.

Le visage sec, l'Italien à lunettes s'est aussi révélé plus grand-père sympa que tyran. Chaque semaine, ses joueurs ont deux jours de repos, et lui a offert les pizzas après leur première "clean sheet", match sans but encaissé.

Surtout, il a eu l'intelligence de ne jamais mettre de pression superflue sur ses joueurs et, s'il est conscient de vivre un "rêve éveillé", il continue de déclarer ouvertement que Leicester n'est pas favori pour le titre.

. Steve Walsh, recruteur 2.0

Si Leicester brille, il le doit à ses joueurs-clés découverts par Steve Walsh, patron de la cellule recrutement.

La colonne vertébrale de Leicester, c'est son gardien Kasper Schmeichel, son marathonien Ngolo Kanté au milieu, son magicien Riyad Mahrez à l'aile et son buteur Jamie Vardy en pleine réussite.

C'est-à-dire un "fils de", rejeton dans l'ombre de l'ex-portier mythique des Red Devils, deux anonymes de la formation à la française, et un enragé longtemps oublié du système anglais. Quatre joueurs promis à l'ombre.

De l'extérieur, la réussite du club cette saison repose d'abord sur Vardy, 19 buts, et Mahrez, 15 réalisations et 11 "assists", les passes décisives en VO.

La paire est complémentaire et offre deux facettes à un effectif très resserré. Celle, agréable, des fulgurances techniques de l'Algérien racé et celle, plus brutale, du réalisme froid de l'Anglais sur jeu long.

Cette paire Vardy-Mahrez a coûté 1,5 million d'euros environ alors que l'Anglais est maintenant international.

Walsh, ex-professeur de sport féru d'informatique, travaille avec des scouts (superviseurs) comme tous ses homologues. Mais, en avance sur son temps, il utilise également massivement des logiciels de détection pour dénicher des talents.

Récemment, un industriel du secteur estimait ainsi dans le journal Le Monde que 200.000 euros investis dans des algorithmes équivalaient à une enveloppe de 10 millions d'euros allouée aux transferts.

. Equipe caméléon

Rien ne prédestinait les Foxes à compter cinq points d'avance à huit journées du terme. Pourtant, plus personne ne doute désormais de leur capacité d'aller au bout.

L'origine de cette aventure collective remonte au printemps dernier lorsque l'équipe a échappé à une relégation promise grâce à une série miraculeuse, avec une seule défaite en neuf matches. Depuis, elle vole, avec seulement quatre revers en 39 matches.

Instinctive, cette équipe a bénéficié d'un calendrier allégé par l'absence de coupe d'Europe et des éliminations rapides en coupes.

Elle sait également évoluer pour s'adapter. Plus joueuse avant la trêve avec sept matches sur 21 à trois buts marqués ou plus, elle est devenue calculatrice ensuite, avec seulement deux buts inscrits en moyenne lors des 14 rencontres suivantes. Dernièrement, elle s'est spécialisée dans le 1-0, en réussissant trois au cours de ses quatre dernières sorties.

Devant, Vardy marque moins (quatre buts en 12 matches contre 15 lors des 18 premiers) mais la tâche est mieux répartie: personne n'a marqué deux fois lors des cinq dernières journées.

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