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17/03/2016 15:17 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Sahara occidental: le Conseil de sécurité divisé sur la querelle ONU-Maroc

Le Conseil de sécurité s'inquiète des conséquences de la querelle entre l'ONU et le Maroc sur le Sahara occidental mais n'a pas pu se mettre d'accord sur une position commune, a indiqué jeudi son président, l'ambassadeur angolais Ismael Gaspar Martins.

Chaque membre du Conseil individuellement va dialoguer avec le Maroc pour tenter de "stabiliser la situation" et de "la faire évoluer de manière positive", a-t-il indiqué à la presse après des consultations à huis clos. "Le Conseil s'est déclaré très inquiet" de cette querelle, a-t-il souligné.

Il n'a toutefois pas exprimé de soutien public au secrétaire général Ban Ki-moon, ni enjoint Rabat de revenir sur sa décision de couper les vivres à la mission de l'ONU au Sahara occidental (Minurso) et de déclarer persona non grata l'essentiel de son personnel civil international, au risque de la paralyser.

Au cours du débat, la France, l'Espagne, l'Egypte, le Japon ou le Sénégal ont pris le parti de Rabat, ont indiqué des diplomates.

Un haut responsable de l'ONU a averti le Conseil au début de la réunion que les mesures de rétorsion marocaines "vont rendre (la Minurso) incapable de remplir son mandat" et a demandé que Rabat fasse machine arrière.

Selon des diplomates, le secrétaire général adjoint aux affaires politiques Jeffrey Feltman a affirmé que si la mission est empêchée de fonctionner, cela pourrait menacer la paix et la sécurité régionales.

M. Feltman a aussi souligné qu'une telle expulsion de la plus grande partie d'une mission de l'ONU était sans précédent.

- décisions 'irrévocables' -

Toujours selon des diplomates, M. Feltman a souhaité "un retour à une relation normale" avec Rabat. Mais il a reconnu que l'ONU et le Maroc avaient des vues "fondamentalement différentes" sur un règlement de ce conflit: la première prône des négociations sur le statut final du territoire alors que Rabat estime qu'il fait partie intégrante du royaume.

Juste avant la réunion, le ministre marocain des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar avait une nouvelle fois haussé le ton, menaçant l'ONU de nouvelles sanctions et affirmant à des journalistes: "le Maroc a pris des décisions, elles sont irrévocables".

Le Maroc a décidé de supprimer une contribution financière de trois millions de dollars à la Minurso et demandé à 84 des 88 membres expatriés civils de la mission de quitter le territoire en quelques jours.

La gouvernement marocain a été ulcéré d'entendre le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, en visite début mars dans un camp de réfugiés sahraouis à Tindouf (Algérie), parler d'"occupation" à propos du statut du Sahara occidental.

Le Maroc est cependant revenu sur sa menace initiale de retirer tout ou partie de ses 2.300 Casques bleus servant dans d'autres missions de l'ONU, notamment en République démocratique du Congo.

Pour le représentant à l'ONU du Front Polisario, qui réclame un referendum d'autodétermination, le Conseil doit soutenir M. Ban et "maintenir le processus politique mené par l'ONU" au Sahara occidental, sous peine de voir les hostilités reprendre.

- Sans précédent -

Le Maroc s'efforce de "mettre fin à la Minurso", ce qui "serait le plus court chemin vers une reprise de la guerre", a affirmé à la presse Ahmed Boukhari.

La Minursos compte quelque 500 hommes, civils et militaires.

Les coupes de 84 membres civils de la Minusro, a expliqué le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric, concernent le personnel politique "à un niveau assez élevé" mais aussi des chauffeurs ou techniciens indispensables.

Il a accusé le Maroc de mener "une action unilatérale en contradiction flagrante avec ses obligations internationales".

Le Sahara occidental est une ex-colonie espagnole contrôlée par le Maroc, qui l'a annexée en 1975, mais le territoire est revendiqué par des indépendantistes (le Polisario).

Rabat propose une large autonomie sous sa souveraineté pour ce vaste territoire de moins d'un million d'habitants et a reçu mardi le soutien de Moscou. Le Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d'autodétermination.

L'ONU a déployé la Minurso en 1991 pour surveiller un cessez-le-feu, et s'efforce de faciliter un règlement.

avz/sha