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17/03/2016 03:22 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Russie: un militant des droits de l'Homme agressé en Tchétchénie

Le président d'une ONG de défense des droits de l'Homme, dont des membres avaient récemment été passés à tabac en entrant en Tchétchénie, a à son tour été agressé à Grozny dans la nuit de mercredi à jeudi.

Ce nouvel incident en Tchétchénie intervient sur fond de tensions entre opposants libéraux, journalistes indépendants et défenseurs des droits de l'Homme d'une part, et l'homme fort de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, qui les accuse d'être des "ennemis du peuple".

Le président de l'ONG Comité contre la torture, Igor Kaliapine était dans sa chambre d'hôtel pour donner une interview quand les problèmes ont commencé.

"Un homme, âgé de 60 ans, qui s'est présenté comme le directeur général de l'hôtel, un gardien en uniforme noire et une autre personne sont entrés dans ma chambre" a raconté M. Kaliapine dans un message publié sur Facebook.

"Le directeur m'a dit que comme je critiquais le président et la police tchétchènes (...) , je devais quitter l'hôtel", a-t-il affirmé, ajoutant qu'il avait ensuite été forcé de descendre dans la réception où une trentaine de femmes en colère l'attendaient.

"Elles se sont mises toutes à crier: +comment tu oses dire de mauvaises choses sur Ramzan" Kadyrov, le président tchétchène, a poursuivi M. Kaliapine, qui fait partie également du Conseil consultatif pour les droits de l'Homme auprès du Kremlin.

Le militant a ensuite été agressé par "de jeunes hommes (...) portant des masques noirs" qui ont jeté sur Kaliapine des "oeufs, des gâteaux, de la farine et du (liquide antiseptique) vert brillant", sans toutefois lui infliger de "graves lésions", selon le juriste de l'ONG, Dmitri Outoukine, cité dans un communiqué du Conseil consultatif.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié cette agression d'"inacceptable".

"Une attaque contre un membre d'un conseil auprès du président russe est une tendance très dangereuse qui suscite la préoccupation", a déclaré M. Peskov aux journalistes.

Cette affaire est liée au niveau élevé de la "criminalité" en Tchétchénie, a-t-il ajouté, appelant à ne pas y voir un lien avec Ramzan Kadyrov, dont la démission est réclamée depuis des semaines par l'opposition russe.

"L'agression d'Igor Kaliapine montre encore une fois que la saison de la chasse aux défenseurs des droits de l'Homme est ouverte en Tchétchénie", a estimé pour sa part l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Le déplacement de Igor Kaliapine à Grozny intervient une semaine après l'agression d'un groupe de journalistes russes, d'une correspondante d'une radio suédoise et d'un confrère norvégien participant à un voyage en Tchétchénie organisé par le Comité contre la torture.

Le 9 mars, accompagnés par des militants des droits de l'Homme, ils ont été battus et leur minibus incendié par des hommes masqués sur la route menant à Grozny, à 500 mètres du poste frontière permettant le passage de l'Ingouchie, une autre république du Caucase russe, à la Tchétchénie.

Quelques heures après cette attaque, les locaux du Comité contre la torture à Karaboulak, en Ingouchie, ont été occupés par des hommes encagoulés et armés.

Le Conseil consultatif pour les droits de l'Homme auprès du Kremlin s'est déclaré "extrêmement indigné et préoccupé par la poursuite de ces attaques de brigands contre les militants du Comité contre la torture, actifs en Tchétchénie".

mp/kat

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