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17/03/2016 12:31 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Migrants: tractations "compliquées" à Bruxelles pour boucler un accord avec la Turquie

Les dirigeants de l'UE s'attendaient à des tractations difficiles jeudi soir à Bruxelles, pour boucler un accord avec la Turquie censé stopper l'afflux de migrants vers l'Europe, malgré un "compromis" possible esquissé par des Chypriotes jusqu'alors très réticents.

Plusieurs Etats membres craignent une illégalité de la mesure phare du plan en négociation: le renvoi de tous les nouveaux migrants arrivant en Grèce depuis la Turquie, y compris les demandeurs d'asile. D'autres redoutent d'aller trop loin dans les contreparties promises à Ankara.

Le sommet réuni à Bruxelles n'a commencé à aborder la brûlante crise migratoire qu'en soirée, lors d'un dîner consacré à la quête d'une position unanime des dirigeants des pays de l'UE.

Ce n'est qu'avec cette position commune que le président du Conseil européen Donald Tusk pourra entamer au nom de l'UE des tractations finales avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, attendu à Bruxelles dans la nuit.

"Notre proposition est toujours sur la table", a dit ce dernier à l'aéroport d'Ankara, avant de s'envoler pour Bruxelles. "Mais la Turquie ne deviendra jamais une prison à ciel ouvert pour les migrants", a-t-il insisté.

"Je suis prudemment optimiste, mais pour parler franchement, je suis plus prudent qu'optimiste", a résumé de son côté M. Tusk.

"Il y a encore des négociations compliquées", a aussi reconnu la chancelière allemande Angela Merkel, qui a joué un rôle majeur dans les tractations avec la Turquie, quitte à agacer d'autres Etats membres.

Depuis le début l'année, plus de 143.000 personnes sont arrivées en Grèce via la Turquie, portant à plus d'un million les entrées en Grèce depuis janvier 2015 de migrants fuyant pour la plupart la Syrie en guerre, l'Irak et l'Afghanistan, selon le HCR.

Cet afflux, combiné avec la fermeture de la "Route des Balkans", place la Grèce, et les milliers de migrants qui y sont bloqués, dans une situation intenable. Et accentue la pression pour que les Européens s'entendent avec la Turquie.

- 'Très compliqué' -

Les Européens ont été surpris de l'ampleur de la nouvelle "proposition turque" présentée lors du précédent sommet du 7 mars: Ankara est désormais disposé à reprendre tous les nouveaux migrants gagnant les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile. Mais l'ONU a mis en garde contre l'illégalité de "possibles expulsions collectives et arbitraires" vers la Turquie.

Le projet "est très compliqué, sera difficile à mettre en oeuvre et se trouve à la limite du droit international", a résumé jeudi la présidente lituanienne Dalia Grybauskaité.

La Commission européenne a assuré que tout accord respecterait le droit. Aux termes du pré-accord, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à "réinstaller" dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie. Ce dispositif serait dans un premier temps plafonné à 72.000 places offertes en Europe.

En contrepartie, la Turquie obtiendrait une nouvelle aide substantielle de l'UE, qui pourrait jusqu'à doubler la promesse de trois milliards d'euros pour les 2,7 millions de réfugiés syriens accueillis sur le sol turc.

Ankara arracherait également une accélération du processus de libéralisation des visas pour ses ressortissants, ainsi qu'une relance de ses négociations d'adhésion à l'UE, bloquées par le contentieux historique avec Chypre.

Jusqu'alors inflexible contre la possibilité d'ouvrir rapidement de nouveaux chapitres de ces négociations, le président chypriote Nicos Anastasiades a toutefois entrouvert une porte jeudi, disant espérer "un compromis durant les délibérations qui vont suivre".

- 'Chantage'-

Alors que plusieurs pays de l'UE renâclent à s'entendre avec un pouvoir islamo-conservateur accusé de dérive autoritaire, le président Recep Tayyip Erdogan a réclamé mercredi la levée de l'immunité de parlementaires pro-kurdes.

Et le magazine allemand Der Spiegel a dénoncé jeudi une atteinte "à la liberté de la presse" après que son correspondant en Turquie a été contraint de quitter le pays, son accréditation n'ayant pas été renouvelée.

"Il n'est pas question de brader nos valeurs", a prévenu le Premier ministre belge Charles Michel, refusant "une négociation qui ressemble parfois à une forme de chantage".

En Grèce, où 850.000 personnes sont entrées par la Turquie l'an dernier, l'actrice Angelina Jolie a rencontré jeudi des réfugiés syriens sur l'île de Lesbos, où se trouvent actuellement quelque 4.800 migrants.

Tojours en Grèce, l'artiste chinois Ai Weiwei s'est fait symboliquement couper les cheveux par un Syrien à Idomeni, pour attirer l'attention sur les conditions précaires dans un camp situé à la frontière macédonienne.

Au moins 10.500 personnes continuent à y espérer une très hypothétique réouverture de la frontière avec la Macédoine, pour poursuivre leur route vers le nord de l'Europe.

La fermeture de la Route des Balkans fait aussi craindre l'ouverture de routes alternatives. Quatre Grecs et deux Irakiens, membres présumés d'un réseau de passeurs, ont été arrêtés en Grèce au moment où ils s'apprêtaient à faire passer en avion en Italie des migrants irakiens, a annoncé jeudi la police grecque.

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