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17/03/2016 06:06 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

« Mercedes-Benz est dans une autre galaxie » - Cyril Abiteboul

Dans la deuxième partie de son entretien à Radio-Canada, Cyril Abiteboul explique que l'équipe française aura sa place dans le peloton de F1.

Mais il ne sait pas très bien dans quelle partie du peloton. Les premiers essais du Grand Prix d'Australie, dans quelques heures lui permettront d'avoir une meilleure idée.

« On est à un niveau qui sera décent, et qui ne nous placera pas en dehors du peloton, affirme Cyril Abiteboul. On sera peut-être à l'arrière du peloton, mais on sera dans la compétition, et c'est ce qui comptait pour nous. »

Durant les essais, le pilote danois Kevin Magnussen a dit qu'il voyait l'équipe Renault dans les points en 2016... « dans un bon jour ».

Durant l'hiver, l'équipe a travaillé sur deux fronts: améliorer la performance du moteur français dans sa version 2016 pour l'équipe-usine et pour l'équipe cliente Red Bull.

« On veut déjà s'assurer qu'on a fait un pas en avant vers les meilleurs, explique-t-il, et on pourra plus facilement le mesurer avec Red Bull. Ça fait partie de notre défi sur la feuille de route de 2016, de mettre Red Bull en situation de se mesurer aux meilleurs. »

Lors des essais d'hiver, qui ont eu lieu au circuit de Barcelone en deux séances de quatre jours, l'équipe française a dépassé les 3500 km en piste, avec Magnussen et son coéquipier Jolyon Palmer.

Palmer a été un des premiers en piste le 22 février, premier jour de travail en 2016. Cyril Abiteboul y tenait.

« Nous étions la deuxième voiture en piste à Barcelone. C'était un clin d'œil, un message, révèle Cyril Abiteboul, un hommage à tous les hommes et toutes les femmes qui ont travaillé très durement tout l'hiver, pendant Noël sans prendre de vacances pour permettre à cette voiture d'être en piste à l'heure dite.  

« Ça, c'était déjà un motif de fierté. Quand on veut créer un projet et un esprit d'équipe, des messages comme celui-là sont importants. »

Au total, en 8 jours de travail, Renault a accumulé 3612 km (776 tours). Par souci de comparaison, Mercedes-Benz a fait 6024 km, 1294 tours.

« On est complètement compétitifs en matière de fiabilité par rapport aux autres écuries, constate M. Abiteboul, si on fait exception de Mercedes-Benz qui est encore en ce moment dans une autre galaxie, avec plus de 6000 km (6024 km), ajoute-t-il du même souffle.

« Avec nos 3600 km, on est en ligne avec les autres écuries, et on peut s'en féliciter. Après, il faut regarder les petits ennuis qu'on a eus. Un certain nombre de petits ennuis, rien d'insurmontable d'ici Melbourne, mais qui font qu'on n'aurait pas tenu une distance de course.

NDLR: Jolyon Palmer a perdu du temps de piste en raison d'une fuite hydraulique et d'ennuis informatiques.

« On a tenté de faire plusieurs fois la distance du Grand Prix d'Espagne. Pour l'instant, on n'a pas réussi, bon…, concède-t-il. Donc, on a beaucoup de choses à faire pour être fiables. Pour la performance, il y a encore du travail. »

Pour préserver la réputation du motoriste

Renault n'oublie pas son rôle de motoriste, et a travaillé à améliorer les performances de son moteur. Le mariage avec Red Bull a été mis à rude épreuve les deux dernières années.

La marque française n'a pas réussi son passage à l'ère V6 turbo. Les rappels à l'ordre de Red Bull ont été sévères.

Au point que le grand patron du groupe Renault-Nissan a perdu patience face à ces critiques, et a évoqué la possibilité que Renault quitte la F1.

Le 3 décembre 2015, avec toutes les cartes en main, il a dit oui au grand retour, en expliquant qu'il fallait un meilleur retour visibilité sur l'investissement. 

Et pour cela, il faut rouler en avant du peloton. 

« On veut déjà s'assurer qu'on a fait un pas en avant vers les meilleurs, et on pourra plus facilement le mesurer avec Red Bull, explique M. Abiteboul à propos du travail fait sur le moteur. Ça fait partie de notre défi sur la feuille de route de 2016, de mettre Red Bull en situation de se mesurer aux meilleurs.

« Je pense qu'on a fait ce pas en avant, vers Mercedes-Benz, vers Ferrari aussi, dès ce début de saison, et c'est vrai qu'on planifie un autre pas en avant en cours de saison en matière de gain en performance moteur, qui bénéficiera à Renault et à Red Bull. »

La presse allemande (Auto Motor und Sport) a révélé que Renault préparait une évolution de son moteur, avec un gain de 35 chevaux-vapeur, pour le Grand Prix du Canada au circuit Gilles-Villeneuve. Une information que n'a pas voulu confirmer Cyril Abiteboul. 

« C'est un circuit qui a une importance pour nous, car il y a de longues lignes droites, rappelle l'ingénieur français. C'est un circuit avec une sensibilité à la puissance moteur dans le haut du panier des circuits F1.

« Donc soyez certains que pour nos amis cousins québécois, mais pour notre intérêt personnel aussi, si on est capables d'introduire une évolution moteur au Canada, on ne s'en privera pas.

« Mais pour être tout à fait sincère, à l'heure où on se parle, ça me paraît un peu compliqué. On parle peut-être du grand prix suivant, mais on va tout faire pour que ce soit pour le Canada. »

Retour attendu de Renault au Québec

Renault sera en terre connue, et amie, à Montréal pour le Grand Prix du Canada. La marque au losange a l'intention de revenir s'installer en sol canadien, 30 ans après avoir vendu ses derniers modèles.  

Renault a vendu des voitures au Canada entre le milieu des années 50 et la fin des années 80.

L'alliance avec AMC (American Motors Corporation), en 1979, n'a pas obtenu les résultats escomptés. Chrysler a repris AMC en 1987, et a laissé tomber Renault.

Cela fait 30 ans qu'on ne vend plus de modèles Renault au Québec.

« L'observation que je peux faire, c'est que Renault est très différent d'il y a 15 ans, on est devenu un constructeur mondial. On vient d'ouvrir notre première usine en Chine. [On est en Chine] pas seulement en tant qu'importateur, on est vraiment présents sur les grands marchés.

« L'Amérique du Nord est un grand marché automobile, et si Renault veut être en ligne avec ses ambitions, la question se posera forcément à un moment. Mais ce n'est pas à moi de donner plus de détails. »

Renault veut refaire une percée au Canada avec sa nouvelle génération de petits véhicules urbains électriques (Kangoo et Twizy).

La marque au losange a annoncé en mai 2015 que l'intention y était, mais que les véhicules devaient d'abord être adaptés aux normes locales.

En 2015, le motoriste français travaillait dans le paddock du Grand Prix du Canada à Montréal en toute discrétion, dans une tente blanche non identifiée.

Pour trouver Cyril Abiteboul, il fallait le chercher longtemps.

En 2016, ce sera complètement différent. Renault aura ses couleurs, ses ambitions, et peut-être déjà ses premiers points au classement.