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17/03/2016 08:23 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Manifestations de jeunes dans toute la France contre la loi travail, émaillées d'incidents

Campus d'université bloqués, lycées fermés, manifestations émaillées d'incidents à Paris et dans plusieurs villes: des milliers de jeunes sont redescendus dans la rue jeudi partout en France pour s'opposer à une réforme du droit du travail qu'ils jugent trop libérale.

"Nous ne serons pas de la chair à patron", "La rue maintenant pour ne pas y être dans 30 ans", ont scandé les manifestants dans le cortège parisien, huit jours après une première mobilisation de plus de 200.000 personnes.

A Rennes (ouest), qui abrite l'une des universités les plus politisées de France, le parti du président François Hollande était la cible de slogans hostiles: "Parti socialiste, Parti esclavagiste", "P comme pourri, S comme salaud!".

Cette journée faisait figure de nouveau test pour le gouvernement socialiste, qui a profondément remanié son projet de loi afin d'apaiser la grogne croissante dans son électorat, à un an de l'élection présidentielle.

Si les syndicats réformateurs ont salué ses concessions, présentées lundi par le Premier ministre Manuel Valls, le premier syndicat étudiant, l'Unef, et des organisations lycéennes ont souhaité poursuivre la mobilisation et continuent d'exiger le retrait pur et simple du projet.

Plus de 3.000 personnes à Lyon (centre-est), au moins 2.700 à Rennes, 2.500 à Toulouse et 2.200 à Bordeaux (sud-ouest)... : des défilés ont eu lieu dans l'ensemble de la France.

Avant de descendre dans les rues, des élèves ont bloqué leurs établissements. Jusqu'à 200 lycées ont ainsi été empêchés de fonctionner, selon les organisations lycéennes.

"On continuera de bloquer jusqu'au retrait de la loi. Mais il faut être réaliste, ça tiendra pas longtemps, on n'est que des lycéens", a déclaré Julie, 15 ans, croisée dans l'est parisien.

"Cette réforme nous force à être en précarité quel que soit le niveau d'études", estimait Aziliz, 20 ans, étudiante en arts plastiques à Rennes. "On ne veut pas mourir d'épuisement", renchérissait son amie Elena, qui craint d'avoir à "travailler 68 heures par semaine".

Côté universités, certains campus parisiens, lyonnais ou bordelais sont aussi restés fermés. Une lycéenne de 18 ans a été légèrement blessée lors d'une intervention des forces de l'ordre à la faculté de Strasbourg (est).

- Interpellations -

En marge de ces manifestations, des petits groupes de jeunes s'en sont pris aux forces de l'ordre, tandis que des casseurs commettaient des faits de vandalisme.

A Rennes, des milliers de personnes ont envahi la gare à la mi-journée et une centaine de jeunes sont descendus sur les voies, interrompant la circulation des trains pendant une demi-heure.

Entre 300 et 400 personnes ont aussi jeté de la peinture et des canettes sur la mairie, d'autres projectiles sur les forces de l'ordre. Un policier a été légèrement blessé et un jeune interpellé.

A Paris, trois manifestants ont été interpellés et deux policiers légèrement blessés dans le même type d'incidents. A Marseille (sud), des échauffourées ont brièvement éclaté entre une centaine de jeunes, dont certains encagoulés, et des policiers devant un commissariat.

L'exécutif socialiste est particulièrement attentif aux mouvements de jeunes qui, dans le passé, ont pu s'installer dans la durée ou déraper dans la violence.

En 2006, le gouvernement, à l'époque dirigé par la droite, avait ainsi dû retirer un projet de contrat de travail spécifique pour les jeunes à la suite de plusieurs semaines de manifestations.

Cette fois, toutes les organisations étudiantes ne se sont pas associées aux appels à manifester. La Fage, deuxième syndicat étudiant, convaincu par la nouvelle mouture du gouvernement, souhaite ainsi donner sa chance au "dialogue".

Le projet de loi vise, selon le gouvernement, à lever les freins à l'embauche pour lutter contre un chômage de masse (plus de 10%). Mais pour ses détracteurs, il est trop favorable au patronat et risque d'accroître la précarité des salariés.

Il sera présenté en Conseil des ministres le 24 mars. Les syndicats contestataires, CGT et FO notamment qui se trouvaient jeudi aux côtés des jeunes, prévoient une nouvelle journée d'actions le 31 mars.

bur-chp/bpi/ib