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17/03/2016 11:12 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Lula, l'icône de la gauche brésilienne au coeur de la tempête

Luiz Inacio Lula da Silva, ouvrier métallurgiste devenu le président le plus populaire de l'histoire du Brésil (2003-2010), est à l'épicentre d'un séisme politico-judiciaire majeur qui pourrait bien ruiner ses ambitions de retour au pouvoir en 2018.

Un juge de Brasilia a suspendu mercredi sa nomination au poste de chef de cabinet de son héritière politique, la présidente Dilma Rousseff, y voyant une possible manoeuvre visant à le soustraire à des poursuites pour corruption et à une éventuelle incarcération dans le cadre du scandale Petrobras.

Tribun redoutable à la voix rauque, éternelle barbe blanchie par l'usure du pouvoir et de ses compromis, Lula a fondé le Parti des travailleurs (PT) et présidé au miracle socio-économique du géant émergent d'Amérique latine.

Sous sa présidence, 40 millions de Brésiliens sont sortis de la misère pour grossir les rangs de la classe moyenne.

Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvrière dans un pays profondément inégalitaire, il a mis en oeuvre d'ambitieux programmes sociaux en faveur des plus démunis.

Sans pour autant dévier du cap économique libéral fixé par son prédécesseur et grand rival Fernando Henrique Cardoso, qui avait remis le Brésil sur les rails après des années d'hyperinflation.

- "J'ai connu la faim" -

Cette success-story lui a conféré une stature internationale de premier plan. La revue Foreign Policy le compare à une "rock-star".

Elle lui permet de décrocher pour le Brésil l'organisation des deux plus grands événements sportifs planétaires : le Mondial de football, en 2014, et les jeux Olympiques, qui auront lieu en août prochain à Rio de Janeiro.

Lula a quitté le pouvoir en janvier 2010 avec un taux de popularité exceptionnel, 80%, léguant un pays avec une croissance économique annuelle de 7,5%.

Il a pu ainsi propulser au pouvoir sa dauphine Dilma Rousseff, qui a combattu dans les rangs de la guérilla, a été torturée sous la dictature militaire et qui était alors inconnue du grand public.

Rien ne prédisposait à un aussi fabuleux destin ce cadet d'une fratrie de huit enfants né le 6 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).

Lula avait sept ans lorsqu'il émigra avec sa famille à Sao Paulo, dans le sud, pour échapper à la misère. "J'ai connu la faim, et quand on a connu la faim, on ne renonce jamais", a-t-il récemment rappelé.

Enfant, il cire des chaussures pour rapporter un peu d'argent à la maison. Ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975.

Il conduit les grandes grèves de la fin des années 70, en pleine dictature militaire (1964-1985). En 1980, il fonde le PT puis participe en 1983 à la création de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT).

Lula se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs en 1994 et 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

- "Le serpent est vivant" -

"Je sais le nombre d'infamies et de préjugés que j'ai surmontés pour arriver où je suis. Maintenant, mon seul objectif est de montrer que je suis plus compétent que beaucoup de gens qui ont gouverné ce pays", disait Lula avant sa réélection en 2006.

Idéaliste mais pragmatique, il est passé maître dans l'art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se débarrasser sans hésiter d'amis devenus gênants.

En 2005, il a décapité toute la direction du PT, impliquée dans un scandale d'achat de votes. Lui, est passé à travers les gouttes.

En octobre 2011, il a souffert d'un cancer du larynx dont il s'est rétabli.

Et il n'a jamais cessé d'oeuvrer en coulisses, conseillant en permanence Dilma Rousseff pendant son premier mandat, malgré des désaccords croissants.

En 2014, il a multiplié les meeting électoraux au service de la réélection de sa protégée.

Quand on l'attaque, il mord. "S'ils voulaient tuer le serpent, ils s'y sont mal pris, parce qu'ils n'ont pas frappé sur la tête, ils ont frappé sur la queue. Le serpent est bien vivant !", s'est-il exclamé le 4 mars devant ses partisans, après son humiliante interpellation par les enquêteurs dans le dossier Petrobras.

Quelques heures plus tôt, pendant son interrogatoire par la police, il avait dénoncé "la saloperie homérique" que constituent les accusations portées contre lui.

Il leur avant lancé, bravache : "Je suis un petit vieux. Je voulais me reposer. Mais je vais être candidat à la présidence en 2018, parce que quand on me cherche, on me trouve".

bur-cdo/pal/bds

PETROBRAS - PETROLEO BRASILEIRO