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17/03/2016 05:56 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Les Kurdes de Syrie se fédèrent, un défi à tous les belligérants

Les Kurdes de Syrie ont proclamé jeudi une région fédérale dans le nord du pays, un modèle qu'ils espèrent voir s'appliquer à tout le pays dans la période post-guerre.

Mais cette initiative inédite, qui s'apparente à une autonomie de facto, a été immédiatement rejetée par le régime de Bachar al-Assad et l'opposition, qui négocient actuellement à Genève pour tenter de mettre fin à cinq ans de conflit.

Exclus de ce processus, les Kurdes ont voulu envoyer un message fort sur leur détermination à décider de leur propre avenir s'ils étaient ignorés, d'autant plus qu'ils sont devenus un acteur incontournable dans le conflit, notamment dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

L'annonce a été faite lors d'une réunion de deux jours à Rmeilane (nord-est) de plus de 150 représentants de partis kurdes, arabes et assyriens selon un journaliste de l'AFP.

"Le système fédéral a été approuvé pour la région Rojava (Kurdistan syrien) - Nord de la Syrie", a déclaré Sihanouk Dibo, un responsable du Parti de l'Union démocratique (PYD), principal parti kurde en Syrie.

- 'Initiatives unilatérales' -

Il s'agit d'unir les trois "cantons" kurdes (Afrine, Kobané et Jaziré) et les zones récemment conquises par les forces kurdes dans le nord syrien au sein de la zone d'"administration autonome" mise en place depuis le début du conflit.

Les Kurdes font valoir que leur projet est fondé sur une base "territoriale" et non "ethnique", avec des représentants de la population arabe et d'autres minorités dans ces zones. Deux présidents, un Arabe et une Kurde, ont d'ailleurs été élus à la tête du conseil en charge d'appliquer ce système fédéral, selon le correspondant de l'AFP.

Mais l'idée même de fédéralisme nourrit les craintes d'une partition de la Syrie, morcelée entre plusieurs belligérants depuis le début de la guerre.

Les Etats-Unis, qui ont soutenu et même encouragé les Kurdes dans leur lutte contre l'EI, ont d'ores et déjà prévenu qu'ils ne reconnaîtraient pas la création d'une région unifiée et autonome kurde et refuseraient le démantèlement du pays.

La région concernée, frontalière de la Turquie, va très certainement provoquer l'ire d'Ankara qui considère les forces kurdes syriennes comme "terroristes" à l'instar du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Une source diplomatique turque a signalé mercredi que "les initiatives unilatérales ne peuvent pas être valables".

Peu après l'annonce, une source au ministère des Affaires étrangères à Damas a "mis en garde toute partie ayant l'intention de porter atteinte à l'unité du territoire", estimant que "toute annonce en ce sens" n'avait "aucune valeur juridique".

De son côté, la Coalition de l'opposition s'est insurgée contre l'initiative kurde, estimant que "la forme de l'Etat syrien, centrale ou fédérale" doit être décidée à l'issue de négociations.

- 'Message politique' -

Dès le début de la crise en 2011, les Kurdes qui représentent 10% de la population, ont suivi leur propre stratégie et choisi la neutralité par rapport au régime et aux rebelles.

Avec les attaques de l'EI sur leurs zones, ils ont pris un rôle de premier plan dans la lutte contre ces ultraradicaux, avec le soutien des frappes américaines.

Ces dernières années, les YPG (milice kurde en Syrie) ont profité de l'affaiblissement des rebelles face à l'armée et des frappes russes pour s'emparer de territoires dans la province septentrionale d'Alep.

Les Kurdes contrôlent désormais 14% du territoire syrien (26.000 km2) contre 9% en 2012, selon le géographe et expert de la Syrie Fabrice Balanche. Et d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), ils contrôlent les trois quarts des 800 km de frontière entre la Syrie et la Turquie.

Les responsables kurdes syriens ont souligné toutefois que le fédéralisme ne constituait pas un premier pas vers l'indépendance.

"Le système fédéral dans le nord de la Syrie s'inscrit dans ce que nous considérons comme une nécessité, l'adoption du fédéralisme à l'échelle de toute la Syrie", a expliqué Ibrahim Ibrahim, un responsable kurde. "Une nouvelle Constitution déterminera la relation entre le centre à Damas et les districts fédéraux", a-t-il ajouté.

Selon Mutlu Civiroglu, un expert basé à Washington interrogé par l'AFP, cette annonce kurde constitue un "message politique" adressé aux négociateurs à Genève: "Si vous nous ignorez, nous allons déterminer nous-mêmes notre avenir".

Dans les régions concernées, des habitants se sont réjouis de l'annonce. "Nous aurons plus de reconnaissance à l'étranger", s'est félicité Zana Ibrahim, un marchand de chaussures de 38 ans à Qamichli, une grande ville à majorité kurde. "Un retour à la Syrie d'avant n'est plus possible", a assuré Jawan Bakhtyar, 31 ans.

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