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17/03/2016 10:37 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Le Franco-Congolais Alain Mabanckou donne sa leçon inaugurale au Collège de France

L'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou faisait salle comble jeudi soir au Collège de France au début de sa leçon inaugurale, la première d'un romancier sur la chaire annuelle de "création artistique", à laquelle l'ambassadeur du Congo a finalement décidé d'assister.

"Alain Mabanckou c'est un ami, c'est pourquoi je suis là", a déclaré à l'AFP l'ambassadeur du Congo, Henri Lopes, qui est aussi écrivain, alors qu'Alain Mabanckou avait dénoncé plus tôt l'absence des autorités de son pays.

Alain Mabanckou, veste bleu pétrole, chemise blanche et noeud papillon, a fait son entrée dans une salle comble du Collège de France, haut lieu de la culture savante dans le Quartier latin à Paris.

Faute de places dans l'auditorium, le public était dirigé vers d'autres salles d'où il pouvait suivre sur écran la leçon intitulée "Penser et écrire l'Afrique noire".

"Ce qui est historique, c'est la rencontre d'un savoir faire africain avec une réflexion, une intelligence française", a dit l'écrivain haïtien et québécois Dany Laferrière, "ravi" d'assister à la conférence.

La leçon d'Alain Mabanckou, 50 ans, intervient le jour de l'ouverture du Salon du livre de Paris où deux villes congolaises, Brazzaville et Pointe-Noire, sa ville natale, sont invitées d'honneur.

Très critique vis-à-vis du régime congolais, Alain Mabanckou n'a pas caché son hostilité au changement de Constitution qui a permis au président Denis Sassou-Nguesso de se présenter pour un troisième mandat (l'élection a lieu dimanche).

Mercredi, l'auteur de "Petit piment" (Seuil) avait qualifié le ministre congolais de la Culture de "ministre de l'Inculture".

"Je sais que j'ai piqué une colère et qu'il paraît que le ministre de la Culture du Congo est en train de s'exciter, de trembloter quelque part", a-t-il commenté jeudi matin sur France Inter.

- 'Franco-suédois' -

Pourtant, a souligné le lauréat du prix Renaudot en 2006 pour "Mémoires de porc-épic", "je suis en train d'amener" la littérature africaine "là où elle n'a pas été enseignée".

"Si un ministre de la Culture du Congo ne vient pas au Collège de France et qu'il y a la ministre de la Culture française qui est là, la secrétaire de l'Organisation internationale (de la Francophonie), même les ambassadeurs de Suède et de Hongrie, je me demande si je suis Franco-Congolais ou bien Franco-Suédois!", a-t-il insisté.

Professeur de littérature francophone à l'université de Californie de Los Angeles (UCLA), Alain Mabanckou a expliqué que sa langue française "apporte peut-être ce qui manque à cette langue classique".

"La langue anglaise est forte parce qu'il y a Zadie Smith, parce qu'il y a Naipaul, parce qu'il y a Salman Rushdie. Acceptons que la langue française, ce ne soit pas seulement les conversations le long de la Seine ou au Café de Flore. La langue française, c'est le crépitement qui se trouve à Abidjan, c'est ce qui se passe du côté de Dakar (...) moi c'est cette langue française bariolée, arc en ciel, que je cherche", a-t-il expliqué.

Alain Mabanckou s'est dit heureux que son arrivée au Collège de France coïncide à un moment où la France "se pose des questions sur les binationaux, sur les gens, sur l'identité, sur l'histoire".

"Ma présence au Collège de France c'est aussi de dire que nous avons un passé commun. Qu'on arrête de considérer l'histoire de l'Afrique comme un épiphénomène", a-t-il souligné.

Premier écrivain à occuper la chaire de "création artistique" tenue auparavant par des créateurs comme l'architecte Christian de Portzamparc, le compositeur Pascal Dusapin ou le sculpteur Anselm Kiefer, Alain Mabanckou est le quatrième Africain à occuper une chaire annuelle dans l'institution fondée en 1532.

Le Collège de France propose des dizaines d'enseignements ouverts au plus grand nombre. N'importe qui peut y assister en "auditeur libre", gratuitement et sans inscription. Comme le suggère sa devise "docet omnia", "il enseigne tout": de la philosophie au droit, en passant par la médecine et les mathématiques.

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