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17/03/2016 10:40 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Le cardinal français Barbarin fragilisé par une nouvelle affaire d'agressions

La révélation d'une nouvelle affaire de prêtre coupable d'agressions sexuelles fragilisait jeudi le cardinal Philippe Barbarin, figure influente de l'Eglise de France déjà soupçonnée d'avoir fermé les yeux sur des cas de pédophilie qui lui valent des appels pressants à la démission.

"Abus sexuels au sein de l'Eglise: l'affaire de trop": le quotidien populaire Le Parisien barrait sa Une jeudi de ce titre fracassant, après avoir porté la veille des nouveaux soupçons à l'encontre du médiatique et controversé archevêque de Lyon (centre-est).

En cause cette fois, non pas un scandale de pédophilie mais une "promotion" que le journal accuse Mgr Barbarin d'avoir accordée il y a trois ans à un curé reconnu coupable d'agressions sexuelles sur des étudiants, tous majeurs.

Condamné en 2007 à un an et demi de prison avec sursis, le prêtre, aujourd'hui âgé de 55 ans, avait été muté du diocèse de Rodez (sud), où les faits avaient été commis, à celui de Lyon. En 2013, il a été "promu doyen, en charge donc de plusieurs paroisses, par le cardinal" Barbarin, dénonce Le Parisien.

L'épiscopat français a réagi en arguant que cette affaire n'avait "rien à voir" avec un scandale pédophile, et en contestant que le prêtre condamné ait été "promu".

"Il a aujourd'hui des responsabilités de formation", a relativisé le porte-parole des évêques de France, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas. "Pour nous, il s'agit de l'histoire d'un homme qui a été coupable de faits qui ont été jugés", a-t-il fait valoir.

Sous pression, le diocèse de Lyon a demandé jeudi à ce prêtre de "prendre un temps de retrait" tout en regrettant qu'une "exposition médiatique injustifiée" ne remette en cause son parcours de "réhabilitation".

- 'Rappelle-toi, Barbarin' -

Cette nouvelle affaire tombe au plus mal pour Philippe Barbarin, déjà visé par deux plaintes pour non-dénonciation de prêtres pédophiles, et lui ont valu de nouveaux appels à la démission de la part du gouvernement français.

"Evidemment, c'est la moindre des choses", a martelé jeudi la secrétaire d'Etat Juliette Méadel, interrogée sur la nécessité pour le prélat de "partir".

Le Premier ministre Manuel Valls avait déjà appelé deux jours plus tôt Mgr Barbarin à "prendre ses responsabilités".

"C'est l'affaire de trop. Le cardinal Barbarin doit renoncer à sa charge", estime dans Le Parisien le spécialiste des religions Odon Vallet pour qui "l'Eglise de France risque de sortir affaiblie" de ces révélations en cascade.

L'archevêque de Lyon est éclaboussé depuis quelques semaines par un scandale d'agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991 par un prêtre de la région, le père Bernard Preynat.

Ce dernier, resté en activité jusqu'en août 2015, a été inculpé le 27 janvier après avoir reconnu les faits. Ses victimes ont porté plainte pour "non dénonciation" contre plusieurs responsables du diocèse, dont Mgr Barbarin, qui a reconnu avoir été informé en 2007 de ses agissements.

Suite à la médiatisation de l'affaire, un homme victime d'un autre prêtre au début des années 90 a porté plainte à son tour contre Mgr Barbarin, lui reprochant de ne pas avoir agi quand il l'a informé de son cas en 2009.

Sans viser nommément le prélat, la justice française a ouvert deux enquêtes préliminaires suite à ces plaintes.

Homme de 65 ans à la santé fragile, Philippe Barbarin a bénéficié jusqu'ici d'un soutien sans faille aussi bien de l'épiscopat français que du Vatican, qui a estimé en début de semaine qu'il était "opportun d'attendre le résultat" des procédures en cours.

Figure influente de l'Eglise de France, l'archevêque de Lyon apparaît d'autant plus exposé que ce cardinal médiatique, progressiste sur les questions sociales, s'est illustré ces dernières années par ses positions conservatrices sur les sujets de société.

"Rappelle-toi Barbarin", titrait jeudi en Une le quotidien de gauche Libération, accusant de "christianisme à géométrie variable" le cardinal, qui avait mis en avant la protection des enfants pour dénoncer en 2013 la légalisation du mariage homosexuel.

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