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17/03/2016 03:23 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

L'ancien maître espion israélien Meir Dagan est mort

Israël a perdu l'un de ses maîtres espions avec le décès de Meir Dagan, qui avait mené à la tête du Mossad, l'agence d'espionnage et d'opérations spéciales, une guerre secrète contre le programme nucléaire iranien tout en s'opposant à une attaque contre la République islamique.

M. Dagan est décédé jeudi à 71 ans, a indiqué le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont dépend directement l'agence, réputée comme l'une des plus efficaces au monde.

Il souffrait depuis des années d'un cancer du foie.

M. Dagan a dirigé le Mossad de 2002 à 2010. Selon les médias israéliens, le Premier ministre de l'époque Ariel Sharon lui avait confié pour mission de saboter par tous les moyens le programme nucléaire iranien pour empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique.

Tout en menant cette guerre occulte, il aurait fortement contribué, avec le chef d'état-major de l'époque Gaby Ashkenazi, à la décision de ne pas lancer de frappes contre l'Iran, alors que le Premier ministre Netanyahu et son ministre de la Défense Ehud Barak avaient donné l'ordre à l'armée en 2010 de préparer une offensive.

Si Meir Dagan n'avait pas été à la tête du Mossad, Israël aurait "peut-être, ou peut-être pas" attaqué l'Iran, a dit M. Barak sur la radio militaire. "C'était une querelle légitime", a-t-il ajouté.

Sous la conduite de M. Dagan, le Mossad aurait éliminé des savants atomistes iraniens, provoqué des explosions dans des installations nucléaires et infiltré des vers informatiques comme le Stuxnet qui auraient causé de gros dégâts aux centrifugeuses enrichissant l'uranium, selon la presse israélienne.

Le Mossad n'a jamais confirmé ces opérations.

"Attaquer l'Iran avant d'avoir réfléchi à toutes les autres approches n'est pas viable", avait toutefois déclaré M. Dagan à la chaîne américaine CBS après avoir quitté ses fonctions.

- La politique de Netanyahu lui faisait peur -

Descendant de survivants de l'Holocauste émigrés de Sibérie en Israël en 1950, Meir Dagan était animé par un attachement viscéral à l'Etat d'Israël. Il accrochait dans tous les bureaux où il emménageait la photo de son grand-père à genoux, en passe d'être exécuté par des soldats nazis.

Durant son mandat exceptionnellement long, le Mossad a été crédité d'opérations marquantes, comme l'attentat à la voiture piégée qui a éliminé le commandant militaire du Hezbollah, Imad Moughnieh, à Damas en 2008, un raid aérien la même année au Soudan contre un convoi d'armes iraniennes destiné au mouvement islamiste palestinien Hamas, et le bombardement d'un site nucléaire syrien construit par la Corée du Nord en 2007.

La fin de son mandat a été assombri par le meurtre, en janvier 2010 dans un grand hôtel de Dubaï, de Mahmoud Al-Mabhouh, un cadre du Hamas.

Dubaï avait accusé le Mossad, et rendu publiques des images de vidéo-surveillance montrant que plus d'une vingtaine de personnes avaient participé à l'opération, utilisant de faux passeports britanniques, irlandais, français, australiens ou allemands, ce qui avait provoqué de vives tensions diplomatiques.

Après son départ du Mossad, Meir Dagan n'avait pas ménagé ses critiques contre M. Netanyahu. "Israël a des ennemis, je ne les crains pas. Mais la direction actuelle du pays me fait peur", avait-il proclamé lors d'un vaste rassemblement anti-Netanyahu en mars 2015 peu avant les législatives.

Meir Dagan avait dénoncé les "six ans d'échecs successifs" de M. Netanyahu et l'absence de toute perspective d'accord de paix avec les Palestiniens.

Avant de prendre la tête du Mossad, il avait dirigé en 1970 une formation secrète de commandos, l'unité Rimon, qui, selon la presse, exécutait sommairement des Palestiniens accusés d'attentats dans la bande de Gaza occupée.

Il avait ensuite conseillé M. Netanyahu lors de son premier mandat (1996-1999) puis M. Sharon.

Le monde politique israélien lui a rendu hommage. Il était "l'un des combattants les plus courageux que le peuple juif ait connus (...) le géant parmi les géants (qui) symbolisait pour beaucoup la renaissance de l'Etat d'Israël des cendres de l'Holocauste", s'est incliné le président Reuven Rivlin.

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