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17/03/2016 17:26 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

L'affaire Lula: deux semaines de séisme politique au Brésil

Les événements-clés de deux semaines de séisme politico-judiciaire au Brésil, depuis l'interpellation de l'ex-président Lula sur de présumés délits de corruption et blanchiment d'argent dans le cadre du scandale Petrobras:

Lancée en 2014, l'enquête sur le géant pétrolier a mis au jour un système de trucage systématique des marchés passés entre Petrobras, contrôlé par l'Etat, et les plus puissantes entreprises de construction du pays, donnant lieu à des commissions dont une partie était reversée à des élus de la coalition au pouvoir.

-- 4 mars --

L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), icône de la gauche brésilienne, est interrogé par la police fédérale après perquisition à son domicile à Sao Paulo, celui de plusieurs collaborateurs et parents ainsi qu'à l'Institut Lula.

Cette opération intervient au lendemain d'une avalanche de nouvelles accusations de corruption, avec notamment la déclaration d'un sénateur impliquant, selon la presse, Lula et la présidente Dilma Rousseff.

Lula, se défend avec véhémence de ces accusations. Il annonce qu'il se battra jusqu'au bout et appelle ses partisans à descendre dans les rues.

-- 7 mars --

Dans sa déposition du 4 mars rendue publique par les enquêteurs, Lula (70 ans) a exprimé son intention de briguer la présidence en 2018 et qualifie les poursuites à son encontre de "saloperie homérique".

Rousseff, qui fait face à une procédure de destitution pour maquillage des comptes publics, accuse l'opposition de vouloir anticiper l'élection présidentielle de 2018.

-- 10 mars --

Le parquet de Sao Paulo requiert des poursuite pénales contre Lula pour "occultation de patrimoine", à propos d'un appartement triplex au nom d'une entreprise de construction impliquée dans le scandale Petrobras. Le procureur requiert son placement en détention préventive pour avoir "porté atteinte à l'ordre public", une demande critiquée jusque dans les rangs de l'opposition.

-- 11 mars --

Rousseff exclut de démissionner et invite Lula, fondateur du Parti des Travailleurs (PT, au pouvoir) à rejoindre son gouvernement.

-- 12 mars --

Le grand parti centriste PMDB, pilier incontournable de la coalition parlementaire au pouvoir, se donne 30 jours pour décider de claquer ou non la porte de la majorité, ce qui porterait un coup fatal à la présidente Rousseff. Réuni en congrès, il reconduit à sa tête le vice-président Michel Temer, qui assumerait le pouvoir en cas de destitution de Dilma Rousseff.

-- 13 mars --

Quelque trois millions de Brésiliens, selon la police, défilent dans tout le pays aux cris de "Dilma dehors" lors de manifestations d'ampleur historique soutenues par l'opposition de droite.

-- 14 mars --

La juge de Sao Paulo saisie de la demande du parquet sur l'appartement triplex attribué à Lula se dessaisit au profit du juge fédéral Sergio Moro, chargé de l'enquête Petrobras. le magistrat centralise donc les deux enquêtes judiciaires visant Lula.

-- 15 mars --

La justice rend publiques les confessions d'un sénateur du PT au pouvoir, inculpé, qui accuse le ministre de l'Intérieur Aloizio Mercadante d'avoir tenté d'acheter son silence pour protéger le gouvernement de Dilma Rousseff, enregistrements à l'appui. Il met aussi en cause Lula, Mme Rousseff, le vice-président (PMDB) Michel Temer, le chef de l'opposition Aecio Neves (PSDB).

-- 16 mars --

L'ex-président Lula est nommé "ministre d'Etat, chef de la Maison civile", un poste qui lui fait échapper à la menace d'un placement en détention par le juge fédéral Moro. Les ministres ne peuvent en effet répondre pénalement de leurs actes que devant le Tribunal suprême fédéral.

Des manifestations d'indignation éclatent dans la rue et au Congrès après la diffusion, par le juge Moro, de l'écoute d'une conversation téléphonique entre la présidente Rousseff et Lula suggérant que la nomination de ce dernier vise bien à lui éviter la prison.

-- 17 mars --

Lula est investi ministre-clef de la présidente mais un juge suspend sa nomination. Le gouvernement fait appel de cette suspension, tandis que Dilma Rousseff dénonce des "putschistes" à la manoeuvre.

Les députés donnent le coup d'envoi de la procédure de destitution contre la présidente Rousseff, en élisant une Commission spéciale chargée de rendre un premier avis qui sera soumis à l'Assemblé plénière.

En pleine crise politique, la bourse de Sao Paulo clôture en hausse de 6,6%, la plus forte hausse quotidienne en sept ans.

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