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16/03/2016 21:45 EDT | Actualisé 17/03/2017 01:12 EDT

Italie: un combat des chefs déchire la droite

La droite italienne s'est déchirée cette semaine, après un combat des chefs pour son leadership, qui pourrait profiter au chef du gouvernement Matteo Renzi, tenté d'élargir sa majorité auprès de cet électorat désorienté.

La déclaration de guerre a été la candidature mercredi à la mairie de Rome de Giorgia Meloni, présidente du petit parti post-fasciste FDI, soutenue dans cette aventure par Matteo Salvini, le leader europhobe de la Ligue du Nord, alors que l'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi a son propre candidat, Guido Bertolaso.

"Après une réflexion mûre et détaillée, j'ai décidé de me lancer dans la course à la mairie de Rome", a-t-elle lancé en milieu de journée à ses partisans devant le Panthéon, dans le centre de Rome.

En toile de fond de cette candidature se déroule la lutte pour le leadership au sein de la droite italienne, entre un Silvio Berlusconi vieillissant, dont le parti ne recueille qu'environ 12,5% des intentions de vote et le jeune leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, 43 ans, crédité d'environ 14,5% des intentions de vote et désormais ouvertement soutenu par Giorgia Meloni.

"Il est évident qu'il y a une lutte entre une série de personnages pour le leadership de la droite lors des prochaines élections législatives" prévues théoriquement en 2018, remarquait mardi M. Bertolaso.

"La décision de Giorgia Meloni (...) fait définitivement imploser le centre-droit. A Rome et sur le plan national les premières conséquences sont déjà visibles: premièrement, la course à Rome se fera entre le Parti démocrate (PD, centre-gauche) de Matteo Renzi et le Mouvement 5 Etoiles" de l'ex-comique Beppe Grillo, relève l'éditorialiste du quotidien La Stampa.

Giorgia Meloni est le quatrième candidat de la droite à Rome et de cette manière son camp politique ne peut même pas espérer arriver au ballottage, selon les experts.

"La deuxième conséquence est la mise à la casse de Silvio Berlusconi de manière peu élégante par Matteo Salvini avec l'appui de Mme Meloni", ajoute l'éditorialiste.

- Matteo Renzi grignote à droite -

La situation à Rome "est un vrai désastre" pour la droite, juge de son côté pour l'AFP Roberto D'Alimonte, un politologue enseignant à l'université Luiss de Rome.

"Matteo Renzi estime qu'il y a une possibilité de se déplacer vers le centre. La fin de l'époque berlusconienne a libéré des millions d'électeurs et Renzi vise une partie de cet électorat", a ajouté l'expert.

La baisse de certains impôts, comme l'élimination de celui sur l'habitation principale, est un clair signal que le chef du gouvernement de gauche "cherche à capter les électeurs" de Silvio Berlusconi, selon M. D'Alimonte.

De plus, la Ligue du Nord ne représente pas un réel danger pour Matteo Renzi, car "sauf explosion du phénomène migratoire", ce parti anti-immigrés et europhobe ne réussira pas à percer dans le centre et le sud du pays, en raison de son caractère régionaliste et jusqu'à présent plutôt méprisant envers ces régions de l'Italie, estime le professeur.

Cette glissement du PD, vers le centre de l'échiquier politique italien, voire vers la droite selon certains, ne plaît cependant pas à l'aile gauche du parti de Matteo Renzi.

Nombreux sont les membres de cette aile lui reprochant ses choix économiques et politiques, que ce soit la libéralisation du marché du travail ou la réforme de la Constitution.

"La gauche au sein du PD, et celle qui est en-dehors, ont des perspectives (électorales) très maigres, misérables", estime toutefois le professeur D'Alimonte.

"Ils sont très divisés entre eux, incapables d'offrir des options claires et de proposer un leader indiscutable. Aujourd'hui, sans leader vous n'êtes pas compétitif", dit-il, tout en reconnaissant "un pouvoir de nuisance" à cette aile qui a récemment fait perdre au PD la région de Ligurie lors d'élections locales.

En attendant, le PD de Matteo Renzi se déchire lui aussi, avec certains ténors tentés par la scission, comme l'ancien Premier ministre Massimo D'Alema, même s'il est encore très peu suivi dans cette démarche.

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