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17/03/2016 01:16 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Des parents prêts à se rendre en cour pour avoir une école francophone à Toronto

Des parents de Toronto qui n'en peuvent plus d'attendre une école secondaire francophone dans leur quartier prennent les grands moyens. Radio-Canada a appris qu'ils viennent d'embaucher l'avocat qui a gagné l'an dernier, en Colombie-Britannique, une cause majeure sur l'éducation en milieu minoritaire au pays. 

Un reportage de Laurence Martin

et de Valérie Ouellet

C'est l'une des causes francophones les plus importantes de ces dernières années : en avril 2015, la Cour Suprême a donné raison aux parents de l'école francophone Rose-des-Vents à Vancouver, qui réclamaient depuis 2010 des services scolaires équivalents à ceux offerts aux élèves anglophones.

Les parents ont fait valoir, entre autres, que leur école étaient surpeuplée et que les services offerts étaient de moins bonne qualité que ceux en anglais. À tel point que certains préféraient inscrire leurs enfants dans des écoles anglophones. 

Cette victoire inspire un groupe de parents de l'Ontario, qui milite pour des services scolaires en français dans leur quartier de l'est de Toronto. 

Parmi eux, Lianne Doucet, qui est maman de trois filles. L'école secondaire francophone la plus proche de chez elle est à 45 minutes en transport en commun. 

Sa fille aînée a passé tout son secondaire à faire ce trajet pour se rendre au Collège Français, où les installations étaient loin d'être idéales. 

Sa deuxième fille a choisi de se tourner vers une école anglophone, entre autres parce que c'était plus proche de la résidence et parce qu'il y avait plus d'activités.

Et sa dernière fille va, elle aussi, devoir faire un long trajet en autobus si elle veut continuer l'école en français au secondaire l'an prochain. 

Pourtant, le quartier Leslieville où elle habite, tout comme ceux aux alentours, comme les Beaches et Danforth, comptent de nombreux francophones. En 2011, environ 4000 résidents avaient le francais comme langue maternelle, selon Statistiques Canada.

Pas de doute, donc, qu'une école secondaire francophone dans l'est de Toronto serait très populaire, selon Lianne Doucet. Le défi, dit-elle, c'est de trouver un terrain et du financement. 

Des écoles anglophones à moitié vides

C'est là justement, une des grosses sources de frustration pour ces parents torontois : il y a plusieurs écoles de langue anglaise dans l'est qui sont à moitié vides.

Pour que le conseil scolaire francophone public ait accès à une de ces écoles, son équivalent anglophone, le TDSB, doit d'abord évaluer ses besoins et décider s'il vend ou non une installation, un processus qui peut durer des années. 

Lianne Doucet, tout comme les autres parents membres de la Coalition pour une école secondaire de quartier, n'en peut plus d'attendre. 

Après avoir constaté que des parents francophones de Vancouver avaient eu gain de cause devant la Cour Suprême, la Coalition a décidé d'embaucher l'avocat qui s'est occupé du dossier, Nicolas Rouleau.

« On a droit à une école équivalente, pas à une vieille école »

Le jugement de la Cour Suprême a eu un impact majeur sur la Coalition : les parents de Toronto croient qu'ils sont en droit de réclamer des installations équivalentes à celles des anglophones. 

Or, ajoute-t-elle, le français, c'est un droit linguistique qui se trouve au coeur de la Charte. 

Nicolas Rouleau a demandé une rencontre avec la ministre de l'Éducation de l'Ontario, Liz Sandals. Pour l'instant, sa demande est restée sans réponse. 

Monsieur Rouleau, et les parents, veulent continuer le dialogue avec le gouvernement, mais, si ça ne débouche pas, ils sont prêts à se rendre jusque devant les tribunaux. 

Le ministère dit investir là « où les besoins sont les plus urgents »

La ministre de l'Éducation n'était pas disponible ces derniers jours pour nous accorder une entrevue. Dans un courriel, sa porte-parole Nicole McInerney nous écrit que le gouvernement choisit de financer les projets « où les besoins sont les plus urgents dans les trois prochaines années ».

Selon la province, une seule demande de financement pour une école a été déposée par un conseil francophone à Toronto dans le quartier des Beaches ces dernières années. Une demande qui a été rejetée. 

La directrice des communications du conseil scolaire public francophone Viamonde, Claire Francoeur, nous a toutefois indiqué que son conseil avait exprimé au gouvernement, depuis des années, le besoin d'obtenir une école secondaire dans l'est de la ville. 

Ultimement, conclut l'avocat Nicolas Rouleau, c'est à la province de s'assurer que les droits des minorités linguistiques soient respectés. C'est donc au ministère, selon lui, de trouver une solution. 

Une nouvelle école secondaire catholique francophone est en construction, mais beaucoup plus à l'est, à Scarborough.