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16/03/2016 21:45 EDT | Actualisé 17/03/2017 01:12 EDT

Célébré en Occident, l'art moderne indien de plus en plus demandé

De Londres à New York, l'art moderne indien est, pour la première fois, à l'honneur dans plusieurs musées majeurs en Occident et le marché s'anime autour d'artistes emblématiques, mais aussi au-delà.

Pour lancer vendredi le Met Breuer, sa nouvelle antenne très attendue, le Metropolitan Museum de New York a choisi une artiste indienne peu connue du grand public, Nasreen Mohamedi, décédée en 1990.

Ce n'est qu'un exemple de plus de l'intérêt nouveau dont bénéficient des peintres modernes indiens parfois largement ignorés de leur vivant hors des frontières de leur pays.

Maqbool Fida (M.F.) Husain (décédé en 2011), peintre controversé amoureux de la couleur, a ouvert le bal au printemps 2014, lorsque le Victoria and Albert Museum de Londres lui a consacré une exposition.

Vasudeo Santu (V.S.) Gaitonde (mort en 2001) a suivi dès octobre 2014, avec une rétrospective au Guggenheim de New York, qui s'est ensuite transportée dans l'antenne de Venise.

La séquence inédite se poursuivra cet été avec une rétrospective consacrée à Bhupen Khakhar, peintre figuratif influent (décédé en 2003), dans le cadre imposant de la Tate Modern, à Londres.

Les artistes indiens ont déjà été accueillis dans des musées d'Occident, mais jamais dans ces proportions.

"C'est un moment historique, qui voit des institutions porter un regard nouveau sur des artistes indiens", explique à l'AFP Yamini Mehta, directrice à l'international du département art d'Asie du sud de Sotheby's.

Nasreen Mohamedi "est quasiment inconnue, donc sa rétrospective au Met Breuer est un triomphe", considère Kishore Singh, responsable des expositions et publications de la galerie DAG Modern, qui a deux succursales en Inde et une à New York.

Aucune raison évidente ne se cache derrière cette vague indienne, que personne n'avait vu venir.

Pour Yamini Mehta, une partie du phénomène s'explique par la montée en puissance de la diaspora indienne à l'ouest, particulièrement à Londres mais aussi à New York.

Ce facteur contribue également aux frémissements du marché de l'art indien, après des années de quasi-stagnation.

- Le marché s'anime -

Mi-décembre, à l'occasion d'enchères organisées à Bombay, un tableau sans titre de V.S. Gaitonde a été vendu pour 293 millions de roupies, l'équivalent de 4,4 millions de dollars, un record pour la peinture indienne.

La catégorie enregistrait son troisième record en deux ans à peine, après "Birth" de Francis Newton Souza mi-septembre 2015, et V.S. Gaitonde une première fois en décembre 2013.

Mardi, à l'occasion de la semaine de l'art asiatique à New York, une toile de V.S. Gaitonde a été adjugée pour 2,7 millions de dollars.

Longtemps comparé défavorablement à l'art chinois qui, malgré un ralentissement, pesait encore 7,9 milliards de dollars en 2014 selon le site spécialisé artnet, l'art indien amorce un décollage.

Il était jusqu'ici cantonné aux artistes modernes de l'âge d'or de la peinture indienne, mais l'élan pourrait aller au-delà, jusqu'au contemporain.

"Je pense que cela touche l'ensemble" de la peinture moderne et contemporaine indienne, estime Yamini Mehta, qui souligne que Sotheby's a tenu à mettre en valeur, lors des ventes de la semaine asiatique, "des artistes qui n'ont peut-être pas bénéficié de la même exposition" que les maîtres historiques.

Pour Sheila Parekh-Blum, spécialiste de la catégorie chez Christie's, il est trop tôt pour se prononcer, mais il existe bien un faisceau de signes encourageants.

"Dans l'ensemble, la catégorie toute entière a vraiment cru et pris de l'importance durant ces trois à cinq dernières années", relève-t-elle.

"Les Indiens découvrent de plus en plus d'autres artistes (que les plus en vue) et, à l'international aussi, les travaux d'artistes indiens sont désormais recherchés dans les biennales ou à documenta (exposition d'art contemporain en Allemagne)", souligne Kishore Sing.

Peu à peu, la base d'acheteurs s'élargit, même si "beaucoup des premiers lots sont acquis par des Indiens d'origine vivant aux Etats-Unis", explique Sheila Parekh-Blum au sujet des ventes de la semaine asiatique.

Elle assure que "de plus en plus d'Américains et d'Européens qui ne sont pas originaires d'Asie du sud se mettent à acheter et s'intéressent à notre catégorie".

tu/are/sma