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17/03/2016 07:54 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Canada: soupçonnée de corruption, l'ex-numéro 2 du gouvernement québécois arrêtée

L'ex-vice Première ministre libérale du Québec a été arrêtée jeudi par la police provinciale, avec six autres anciens dirigeants politiques et hommes d'affaires, dans le cadre d'une enquête sur des allégations de financement occulte de partis politiques et de corruption.

Figure emblématique de l'ancien gouvernement québécois de Jean Charest, Nathalie Normandeau a été appréhendée à l'aube par l'Unité permanente anti-corruption (Upac) qui, dans son mandat d'arrestation, l'accuse de complot, corruption de fonctionnaires, abus de confiance et fraudes envers le gouvernement.

Ces arrestations sont le résultat d'une "enquête marathon" de quatre ans et demi et mettent au jour un stratagème frauduleux grâce auquel les accusés ont "contourné les lois afin d'obtenir des avantages indus", a déclaré Robert Lafrenière, le patron de l'Upac en conférence de presse.

Le financement politique illégal découvert par la police était "systémique" et pratiqué "de façon très large", a ajouté le responsable des enquêtes sur la corruption à la Sûreté du Québec (SQ, police provinciale), André Boulanger.

"Ces infractions sont graves car non seulement elles sont en violation de la Loi, elles mettent en péril les principes mêmes de la démocratie et de la bonne gestion des biens communs", a renchéri M. Lafrenière.

Outre l'ex-N.2 du gouvernement québécois, la police a également interpellé son ancien chef de cabinet, deux ex-dirigeants du cabinet de génie-conseil Roche, un ancien cacique du parti libéral, un ancien maire et un ancien conseiller de l'ex-Première ministre indépendantiste Pauline Marois.

Les faits reprochés auraient eu lieu entre 2000 et fin 2012, soit lors du gouvernement libéral de Jean Charest qui a dirigé le Québec entre 2003 et 2013, a précisé l'Upac.

"La firme d'ingénierie en question (Roche, NDLR) avait un concept de développement des affaires relativement agressif. Elle approchait des membres influents du gouvernement et (...) par l'utilisation de prêtes-noms, les financements étaient attribués aux partis politiques, et nécessairement il y avait un retour sur investissement au fil des années", a expliqué André Boulanger.

Vice-Première ministre entre 2007 et 2011, Mme Normandeau avait été longuement entendue par la commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction, chargée de faire la lumière sur l'infiltration du crime organisé dans la politique québécoise. Cette commission avait rendu son rapport d'enquête en 2015.

Mme Normandeau était soupçonnée d'avoir joué un rôle déterminant dans un stratagème présumé de financement occulte du parti libéral, toujours aux commandes du Québec, via un système truqué d'octroi d'appels d'offres.

Déjà ministre sous le gouvernement Charest aux côtés de Mme Normandeau, l'actuel chef du gouvernement québécois Philippe Couillard a salué "l'action menée par l'UPAC" lors d'un bref point de presse à l'Assemblée nationale.

"Heureusement, on vit dans un contexte totalement différent aujourd'hui avec le mode de financement qui change pour le mieux la réalité politique au Québec", a-t-il déclaré à propos de la réforme du financement des partis politiques qui limite, depuis 2013, à 100 dollars les contributions individuelles acceptées chaque année.

Les sept accusés comparaitront devant la justice le 20 avril. Plusieurs maires, dont celui de Montréal, et des dirigeants d'entreprises ont déjà, au cours des dernières années, été poursuivis par la justice pour ces affaires de financement occulte.

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