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17/03/2016 07:48 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Brésil: Lula devient ministre en pleine contestation, Rousseff crie aux "putschistes"

L'ex-président du Brésil, Lula, a pris jeudi ses fonctions de ministre clef de Dilma Rousseff, en pleine contestation populaire et scandale de corruption, la présidente de gauche, menacée d'une procédure de destitution, dénonçant des "putchistes" à la manoeuvre.

"Les cris des putschistes ne vont pas me faire dévier de cap ni mettre à genoux notre peuple", a proclamé jeudi Mme Rousseff, lors de la cérémonie d'investiture de Lula au palais présidentiel du Planalto à Brasilia.

"S'ils violent les prérogatives de la présidente que feront-ils avec celles des citoyens. C'est comme cela que commencent les coups d'Etat", a-t-elle clamé.

"Il n'y aura pas de coup d'Etat!" scandait aussi l'assistance à la cérémonie au palais présidentiel du Planalto à Brasilia, interrompue par un député opposant qui a hurlé "c'est la honte" et s'est fait huer.

Dilma Roussef répondait aux manifestations d'hostilité de milliers de personnes qui ont débuté mercredi soir devant la présidence à Brasilia et dans plusieurs villes du pays et qui se poursuivaient jeudi, après des révélations d'écoute judiciaire.

La présidente de gauche a fustigé aussi la publication mercredi soir de cet enregistrement d'une conversation téléphonique entre Dilma Rousseff et Lula, suggérant qu'il a été nommé ministre pour lui éviter un placement en détention, sur des soupçons de corruption, par le juge Sergio Moro chargé de l'enquête sur le scandale de pots-de-vin autour du géant pétrolier étatique Petrobras.

Dilma Rousseff y informe son prédécesseur (2003-2010) et mentor politique qu'elle va lui faire parvenir rapidement son décret de nomination. "Ne t'en sers qu'en cas de nécessité", lui dit-elle.

Cet extrait a été largement interprété comme la confirmation que l'un des objectifs de la nomination de Lula au gouvernement était de le protéger contre un éventuel placement en détention imminent dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

La Présidence a annoncé qu'elle adopterait "toutes les mesures judiciaires et administratives pertinentes pour réparer une flagrante violation de la loi et de la Constitution" de la part du juge Moro, auteur de la diffusion des écoutes.

- Cartouche 'mouillée' -

Attendu comme le messie par un gouvernement qui tangue dangereusement, Lula prend ses fonctions quelques heures seulement avant l'installation par la Chambre des députés, à partir de 17H00 (20H00 GMT), de la commission spéciale qui doit décidé si l'ouverture d'une procédure de destitution de la chef de l'Etat, soupçonnée de maquillage des comptes publics, se justifie.

Dimanche dernier, plus de trois millions de personnes avaient exigé le départ de la présidente de gauche dans les rues du pays.

La nomination de Lula était pourtant présentée par les analystes comme l'une des dernières cartouches restant à Mme Rousseff pour arriver à la fin de son second mandat (2014-2017), et éviter la procédure d'impeachment que l'opposition a lancée au Parlement. Mais cette cartouche pourrait se révéler "mouillée", Lula étant également dans la tourmente.

Les partisans de Lula et du gouvernement cherchaient d'ailleurs à se mobiliser, à la veille d'une journée de manifestations convoquées par le Parti des Travailleurs (PT) au pouvoir, de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT) et autres organisations sociales.

Dès les premières heures jeudi, militants et sympathisants de Lula, vêtus de rouge, s'étaient rassemblés devant le palais présidentiel du Planalto où la sécurité avait été renforcée dans l'attente de la cérémonie d'investiture de Lula, a constaté un photographe de l'AFP.

Les attentes sur la capacité de Lula de sortir le pays de la crise politique et économique pourraient être surévaluées, estiment des analystes.

Quand il a quitté le pouvoir en 2010, le Brésil connaissait une croissance de 7,5% mais aujourd'hui, il est plongé dans la récession, le PIB a reculé de 3,8% en 2015, et le pays se bat contre ses vieux fantômes comme l'inflation élevée (près de 11%) et la hausse du chômage.

Signe de l'intensité de la crise politique et économique qui frappe le pays, la Bourse de Sao Paulo a ouvert jeudi en forte hausse de près de 5%, certains analyste comme André Leite, de TAG Investimentos, estimant que "le marché célèbre la fin de ce gouvernement".

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