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17/03/2016 03:54 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Brésil: l'ancien président Lula aurait demandé des faveurs au gouvernement

RIO DE JANEIRO — Des conversations téléphoniques enregistrées entre l'ex-président du Brésil Luis Inácio Lula da Silva et des dirigeants bien en vue témoignent de tentatives pour obtenir un traitement de faveur pour l'ancien leader dans le cadre de ses démêlés avec la justice, a fait savoir tard mercredi le juge qui dirige la vaste enquête anticorruption qui porte surtout sur la société d'État Petrobras.

Le juge Sergio Moro a rendus publics une cinquantaine d'enregistrements audio quelques heures seulement après que M. da Silva ait été nommé chef du cabinet de l'actuelle dirigeante du pays sud-américain, Dilma Rousseff. Les détracteurs du gouvernement prétendent que ce  poste qui pourrait lui permettre d'échapper à la prison, puisque seule la Cour suprême du Brésil peut autoriser la police à investiguer, emprisonner et traduire en justice les membres du cabinet et du Congrès.

M. Moro a expliqué que la démocratie exige que le peuple soit informé des agissements de ses dirigeants, même quand ceux-ci essaient de se cacher dans l'ombre.

Il a ensuite ajouté que rien ne permet de croire que les efforts en faveur de M. da Silva aient porté fruit, mais cette bousculade d'événements a semblé aviver la colère populaire à l'endroit de M. da Silva, de Mme Rousseff et du Parti des travailleurs au pouvoir.

Les policiers ont ainsi eu recours à des grenades de surpression et à des gaz lacrymogènes pour disperser quelque 5000 manifestants antigouvernementaux qui s'étaient massés devant le Congrès tard mercredi. Des manifestations ont aussi été organisées à Sau Paulo et à Rio de Janeiro.

À Curibita, une ville du sud du pays où est établi le juge Moro, des centaines de personnes se sont massées devant le palais de justice pour exprimer leur soutien au magistrat et à son enquête «Lava Jato» (lave-auto). Les procureurs affirment que des milliards de dollars en pots-de-vin ont été versés pour obtenir des contrats de Petrobras, et M. da Silva a été interrogé pendant plusieurs heures à ce sujet la semaine dernière.

L'ancien président devrait être assermenté au cours des prochaines heures.

«Dans certains dialogues, on semble tenter d'influencer ou obtenir l'aide de responsables du bureau du procureur public ou du magistrat en faveur de l'ancien président, a dit M. Moro. (Toutefois), rien ne permet de croire que ceux mentionnés ont agi de manière inappropriée. D'après la teneur des conversations enregistrées, il est évident que l'ancien président savait déjà ou se doutait qu'il était sous écoute.»

Un avocat de M. da Silva a vertement condamné la publication des bandes audio. Le palais présidentiel a lui aussi dénoncé cette atteinte «aux droits et aux garanties de la présidence».

Habile politicien, Luis Inácio da Silva, que les Brésiliens surnomment «Lula», est vu comme le dernier espoir de Dilma Rousseff pour consolider les appuis à son gouvernement et son ordre du jour en concluant des pactes avec les principaux partis de centre et de droite du Congrès et en s'assurant le soutien des mouvements sociaux. Il est aussi perçu comme un atout majeur pour freiner le processus de destitution lancé contre la présidente en raison d'allégations de mauvaise gestion financière.

Luis Inácio Lula da Silva était très populaire lorsqu'il a terminé son deuxième mandat comme président en 2010, mais il a depuis perdu beaucoup d'appuis avec les ratés de l'économie brésilienne et l'enquête sur la corruption à Petrobras qui a entaché bien des membres de sa formation politique, le Parti des travailleurs.

Dimanche, environ trois millions de personnes sont descendues dans la rue afin de réclamer le départ de Mme Rousseff. Les médias ont décrit ces rassemblements comme étant les plus grosses manifestations politiques de l'histoire du Brésil.