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17/03/2016 08:48 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Azerbaïdjan : amnistie pour 14 opposants et défenseurs des droits de l'homme emprisonnés

Quatorze opposants politiques et militants des droits de l'homme considérés comme des "prisonniers politiques" par les ONG ont bénéficié d'une amnistie et ont été libérés, selon un décret du président azerbaïdjanais Ilham Aliev publié jeudi.

Ces libérations entrent dans le cadre d'une amnistie présidentielle concernant 148 détenus au total, parmi lesquels les défenseurs des droits de l'homme Anar Mammadli et Rassoul Jafarov, ainsi que Tofik Yakublu, vice-président du principal parti d'opposition, Musavat.

Les 14 militants et opposants libérés faisaient partie d'une liste de 28 personnes considérées comme "prisonniers politiques" par les organisations de défense des droits de l'homme azerbaïdjanaises.

"C'est un très bon jour pour l'Azerbaïdjan. Beaucoup de prisonniers politiques ont été libérés", a déclaré à l'AFP Giorgi Gogia, directeur pour le Caucase du Sud de l'ONG Human Rights Watch.

"Mais il y en a d'autres qui restent en prison et doivent être libérés sans délai", a-t-il ajouté. La célèbre journaliste d'investigation et militante anti-corruption Khadija Ismaïlova, condamnée à sept ans de prison, reste notamment en détention.

"Bonne nouvelle d'Azerbaïdjan concernant les droits de l'homme", a déclaré la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, sur son compte Twitter. "C'est encourageant après les discussions que j'ai eues à Bakou", la capitale de l'Azerbaïdjan, a-t-elle ajouté.

Le vice-président du Parlement européen, Alexander Graf Lambsdorff, a vu dans ses libérations "un signe que le gouvernement azerbaïdjanais est intéressé par la restauration des relations avec l'UE", tout en ajoutant que d'autres prisonniers devaient encore être libérés.

"J'applaudis cette initative majeure", a pour sa part déclaré le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Pedro Agramunt.

Plus tôt, la Cour d'appel de Bakou avait commué la peine initiale de six ans de prison ferme du journaliste Rauf Mirkadyrov en cinq ans avec sursis, avait annoncé à l'AFP son avocat, Fouad Agaïev.

Accusé d'espionnage, M. Mirkadyrov, 55 ans, journaliste au journal russophone indépendant Zerkalo (Miroir), était en détention provisoire depuis son arrestation en avril 2014 à Bakou. "Je suis innocent et je continuerai de me battre pour mon acquittement", a-t-il déclaré aux journalistes après sa libération.

Le Parquet azerbaïdjanais affirme que les services secrets arméniens l'ont recruté en 2008 et qu'il leur a fourni depuis des informations relevant du secret d'Etat, ce que le journaliste dément.

L'arrestation de M. Mirkadyrov, lauréat du prix allemand Gerd Bucerius en 2008, pour ses efforts dans le "développement des médias indépendants", avait été vivement critiquée par des ONG de défense des droits de l'homme et l'Occident.

M. Mirkadyrov a travaillé pendant plusieurs années à Ankara et publié des articles critiques sur les autorités turques comme sur celles d'Azerbaïdjan.

Erevan et Bakou, deux anciennes républiques soviétiques du Caucase du Sud, sont en conflit depuis la fin des années 1980 au sujet du Nagorny-Karabakh.

Peuplé en majorité d'Arméniens mais rattaché à l'Azerbaïdjan à l'époque soviétique, le Nagorny-Karabakh a été le théâtre d'une guerre qui a fait 30.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés entre 1988 et 1994. Malgré la signature d'un cessez-le-feu, aucun traité de paix n'a été signé.

Les ONG de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement le régime du président azerbaïdjanais Ilham Aliev, accusé de réprimer sévèrement toute contestation.

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