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17/03/2016 18:23 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

Acceptabilité sociale d'Énergie Est: TransCanada part de loin pour l'obtenir

MONTRÉAL — TransCanada a beaucoup de chemin à faire pour que son projet d'oléoduc Énergie Est obtienne une forme d'acceptabilité sociale.

Cette réalité a été illustrée on ne peut plus clairement, jeudi soir à Lévis, lorsque les travaux du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) ont été de nouveau interrompues durant 20 minutes par des manifestants, cette fois issus principalement de communautés autochtones.

Cette session portait justement sur l'acceptabilité sociale du projet.

Des experts de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) ont expliqué que le projet Énergie Est présentait un déficit de crédibilité en raison d'un manque de réponses aux questions sérieuses sur les impacts et les risques du projet.

Ils ont également fait état d'un déficit de légitimité — parce que le promoteur avait privilégié une approche fermée et longtemps refusé, notamment, de reconnaître la compétence du Québec — ainsi que d'un déficit de «soutenabilité» en ce sens que le projet s'inscrivait en marge de la tendance au virage vers d'autres sources d'énergie que le pétrole.

TransCanada a reconnu avoir fait plusieurs erreurs dans son approche et que celle-ci avait présenté plusieurs faiblesses que l'on s'évertuait à corriger avec une nouvelle approche adoptée à la fin de l'année 2015.

Le vice-président d'Énergie Est pour le Québec et le Nouveau-Brunswick, Louis Bergeron, s'est longuement étendu sur les centaines de rencontres tenues avec les gouvernements locaux, les premiers intervenants, les groupes et comités de citoyens, les organisations non gouvernementales et les communautés autochtones, ainsi que les milliers de rencontres avec des propriétaires fonciers le long du trajet.

Une des chercheures de l'UQAR, Marie-Josée Fortin, a admis qu'il s'agissait de démarches dans la bonne direction, mais a émis un fort doute, ajoutant que l'entreprise «partait de loin.»

Par ailleurs, plusieurs producteurs agricoles ont également critiqué sévèrement le manque de transparence de l'Union des producteurs agricoles (UPA) et le secret entourant ses négociations avec TransCanada pour les compensations à offrir aux propriétaires de terres agricoles, d'érablières et de forêts privées touchés par le tracé du pipeline.

Certains se sont interrogés quant à la possibilité d'un droit de refus, ce à quoi M. Bergeron a répondu qu'il serait impossible d'avoir un tracé en zigzag pour tenir compte de toutes les oppositions individuelles.

Par ailleurs, TransCanada n'a pas voulu s'engager à retirer la conduite souterraine lorsque le pipeline arriverait en fin de vie. Un porte-parole a expliqué que le nettoyage complet d'un pipeline en fin de vie était obligatoire, mais que son retrait dépendait des situations particulières d'un endroit à l'autre. 

À un citoyen qui disait trouver très audacieux de faire passer le pipeline près de sources où des embouteilleurs puisaient de l'eau, M. Bergeron a répondu qu'il s'agissait d'un risque tout à fait acceptable que l'entreprise travaillerait à minimiser et que cela s'inscrivait dans la capacité d'une société à le risque.