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17/03/2016 01:15 EDT | Actualisé 18/03/2017 01:12 EDT

A Livanates, l'attente inquiète des relocalisations après la fermeture des frontières

"Si la route des Balkans rouvrait", Adel, un étudiant syrien de 20 ans partirait en Allemagne sans perdre une minute. Mais faute d'y croire encore, il s'est résigné à jouer le jeu européen de la relocalisation.

A son arrivée en Grèce, il y a un mois, son plan était clair: rejoindre en Allemagne son meilleur ami, passé lui à temps. Il a renoncé après dix jours "insupportables" à se heurter à Idomeni à la porte close de la Macédoine, et s'est laissé convaincre par un agent du Bureau européen d'appui à l'asile, Easo.

Ils sont cent comme lui, Syriens et Irakiens, éligibles à l'asile, à désormais attendre à Livanates, station balnéaire un peu décatie à 150 kms au nord d'Athènes, d'être fixés sur leur sort. Heureux d'avoir retrouvé toit et couvert, mais taraudés par les mêmes questions: dans quel pays seront-ils envoyés, et quand.

Le temps est comme suspendu dans l'hôtel familial Edelweiss qui les accueille, dans le cadre d'un programme de location de 20.000 places géré par le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'ONU en Grèce. Peu d'habitants, aucune distraction sinon la mer. Il pleut. Seuls les jeux et cris de la quarantaine d'enfants offrent un peu d'animation.

"Manger, dormir, on s'en lasse", soupire Adel, qui a fait "un peu tous les boulots" pendant les 18 mois qu'il a passés en Turquie après son départ d'Alep, pour échapper "à la guerre et à l'extrémisme".

"En Turquie, il n'y avait aucun avenir, seulement de la sécurité. Peu importe où je vais finalement arriver, pourvu que je puisse aller de l'avant". La finance, qu'il a étudiée, la biologie, que son père enseignait: tout l'intéresse, mais difficile de se projeter dans l'avenir quand il est aussi incertain.

Depuis la fermeture de la route des Balkans, les demandes de relocalisation sont montées en flèche: "vendredi dernier nous en avons eu 650, contre à peine une centaine fin février", relève le porte-parole de l'Easo, Jean-Pierre Schembri.

Le Bureau a doublé sa présence sur le terrain, avec 60 employés déployés sur les îles, au Pirée et dans les camps. Désormais, "le grand défi" est d'accélérer la procédure pour que l'attente ne dépasse pas deux mois, souligne M. Schembri.

Sinon, les candidats risquent de se retourner vers les passeurs, toujours à l'affût. Et la situation de devenir ingérable pour la Grèce, menacée d'une crise humanitaire.

- Plus de places -

"Il faut que toutes les parties s'y mettent, que les autorités grecques aillent plus vite, et que les États membres offrent plus de places", plaide le porte-parole, en écho aux injonctions répétées de la Commission européenne, qui vient de fixer l'objectif de 6.000 relocalisations par mois.

Un coup d'accélérateur indispensable pour sauver le plan, menacé d'échec par les réticences de nombre d'Etats membres à ouvrir leur portes, et le peu d'intérêt manifesté jusque là par les réfugiés, faute de pouvoir choisir leur pays d'accueil.

Sur les 63.300 réfugiés, surtout Syriens et Irakiens, censés être relocalisés sous deux ans depuis la Grèce, seuls 569 ont déjà été accueillis dans 13 autres Etats membres, avec seulement 2.250 places offertes jusque là par ces derniers.

Pour Amina Khalaf, 37 ans, qui a fui Alep avec son mari coiffeur et leurs deux filles préadolescentes après avoir été blessée lors d'un bombardement, toute destination sera bonne à prendre "pourvu que nous soyons en sécurité". Eux n'ont même pas tenté le passage par Idomeni, mis en garde par un cousin.

Si elle pense avoir "fait le bon choix", Amina est rongée par l'attente. "Il n'y a aucune information, depuis que nous avons été amenés ici, il y a une semaine, personne ne nous a contactés", s'inquiète-t-elle.

Zahraa Al Bayati, une alerte quadragénaire irakienne, craint aussi "qu'ils nous oublient ici".

C'est pourtant elle, raconte son mari Amar, professeur de physique à l'université de Bagdad, qui a renoncé à tenter le passage par leurs propres moyens, après 15 jours "d'enfer" à Idomeni avec leurs trois enfants.

"Impatiente de savoir ce qui se décidera au sommet européen", de jeudi et vendredi, Zahraa n'a toutefois "aucun espoir que les frontières rouvrent". "J'ai peur que de plus en plus de monde s'inscrivent au programme et que du coup, il n'y ait plus de place pour nous".

cp-cb/at