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10/03/2016 20:45 EST | Actualisé 11/03/2017 00:12 EST

Venezuela : opposition et gouvernement hantés par le spectre de la division

Au Venezuela, tant l'opposition, misant sur la pression populaire pour faire partir le président socialiste, que le gouvernement de Nicolas Maduro, qui promet de ne rien lâcher, semblent divisés sur la stratégie à adopter, soulignent les analystes.

Ce pays pétrolier, miné par la chute des cours du brut, est le théâtre d'une féroce bataille politique et institutionnelle depuis la victoire de l'opposition aux législatives de décembre, une première depuis 1999.

Dans ce contexte social explosif, où la population souffre de graves pénuries, la tension s'est accrue mardi lorsque l'opposition, désormais majoritaire au Parlement, a annoncé deux procédures légales pour tenter d'écourter le mandat du président ou de le révoquer : un référendum et une modification de la Constitution.

Mais ces initiatives ont a priori peu de chances d'aboutir, jugent les experts, car elles requièrent le feu vert d'organismes réputés proches du gouvernement, le Tribunal suprême de justice (TSJ) et le Conseil national électoral (CNE).

C'est pourquoi la vaste coalition d'opposition, réunie sous le nom de Table de l'unité démocratique (MUD) et allant de la gauche modérée à la droite dure, compte sur la rue pour la soutenir et faire pression sur le gouvernement chaviste (du nom du défunt président Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013).

"Son principal défi est de vaincre les obstacles institutionnels qui se dresseront systématiquement. L'Assemblée nationale est isolée, ça ne sera pas facile", explique à l'AFP l'analyste Benigno Alarcon, directeur du centre d'études politiques de l'université catholique Andres Bello.

Pour les politologues Ricardo Sucre et Eugenio Martinez, avec cette stratégie multiple, l'opposition entend se réserver une marge de manoeuvre au cas où une des options venait à échouer contre le Tribunal suprême de justice (TSJ), la plus haute autorité judiciaire du pays, considérée comme alliée au gouvernement par les antichavistes.

Mais ces experts pointent aussi le risque de dispersion des forces.

"L'opposition essaye d'avoir beaucoup de bouées de sauvetage politiques, mais cela permet de voir qu'il y a des différences de points de vue importantes, au point qu'il n'y a pas eu de rassemblement autour d'un même mécanisme", estime Eugenio Martinez.

- 'Tout peut exploser' -

Cette coalition, construite à partir de sa contestation du chavisme, devra surmonter ses dissensions internes, entre sa frange modérée, représentée par l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles, et son aile la plus radicale, incarnée par Leopoldo Lopez, condamné en septembre à près de 14 ans de prison pour incitation à la violence lors des manifestations de 2014 (43 morts officiellement).

"Il existe des désaccords entre +caprilistes+, favorables au référendum révocatoire, et les +léopoldistes+, qui penchent pour la réforme constitutionnelle. Afin de ne pas accentuer les tensions internes, une stratégie à trois bandes à été adoptée", souligne Ricardo Sucre, de l'université centrale du Venezuela.

Jeudi, une première étape a été franchie pour l'option du référendum, avec l'approbation par le Parlement de la loi devant réguler cette consultation.

En face, le gouvernement affirme faire bloc, mais d'après les connaisseurs du chavisme, le pouvoir aussi est soumis à une forte pression, tiraillé entre l'opposition et la grogne populaire liée aux pénuries.

Chaque jour, des milliers de Vénézuéliens font la queue pendant des heures devant les supermarchés, pour acheter de la farine, du riz ou du café.

"Au sein du chavisme, une discussion doit avoir lieu pour permettre ou non le changement politique", et cela "implique que les radicaux et les modérés trouvent un point d'entente. Si on n'ouvre pas la soupape politique, tout peut exploser", a estimé Benigno Alarcon.

L'analyste Gonzalo Gomez, du mouvement "Marée socialiste" (Marea Socialista) critique vis-à-vis du gouvernement, ne voit pas "de position unique et monolithique" au sein du chavisme.

"Il y a de nombreuses discussions et contradictions", observe-t-il.

Entre les deux options évoquées, "je vois le gouvernement plus enclin à accepter le défi du référendum", conclut Ricardo Sucre avant la mobilisation de samedi, à l'appel de l'opposition.

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