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10/03/2016 20:45 EST | Actualisé 11/03/2017 00:12 EST

USA: à quoi ressemblerait la politique étrangère du président Trump?

Donald Trump n'a de son propre aveu pas encore de conseillers diplomatiques, ce qui n'empêche pas le tonitruant milliardaire de multiplier les déclarations outrancières sur la politique étrangère qu'il conduirait s'il était élu président des Etats-Unis.

Si on le prend au mot, le favori pour l'investiture républicaine à l'élection du 8 novembre ferait construire un mur à la frontière mexicaine, financé par le Mexique, pour bloquer l'immigration clandestine. S'il entrait à la Maison Blanche le 20 janvier, il ferait expulser les 11 millions de clandestins. Le magnat de l'immobilier pense aussi que "l'islam hait" l'Amérique et veut interdire aux musulmans étrangers d'y entrer. Il promet de détruire le groupe Etat islamique (EI), de faire la guerre commerciale à la Chine, au Japon ou au Mexique et de se rapprocher du président russe Vladimir Poutine, qu'il admire.

'Pas d'équipe' en politique étrangère

Donald Trump fait les délices des commentateurs depuis des semaines en remettant systématiquement au lendemain l'annonce d'une liste de conseillers en politique étrangère, d'une garde rapprochée de sherpas d'où émergerait son secrétaire d'Etat.

Interpellé par la chaîne MSNBC pour savoir qui seraient "les géants" de la diplomatie à ses côtés, le candidat républicain a répondu mardi: "Oui, il y a une équipe", avant d'admettre aussitôt: "Bon, enfin... il n'y a pas d'équipe".

"Je vais monter une équipe. J'ai rencontré bien plus de trois personnes et je constituerai une équipe au moment opportun", s'est défendu M. Trump, se vantant de l'appui d'un sénateur républicain de l'Alabama, Jeff Sessions.

Ce novice en politique étrangère a cité aussi avec "beaucoup de respect" l'un des papes du lobby des cercles d'influence de Washington, Richard Haass, ancien diplomate et patron du centre de recherche Council on Foreign Relations (CFR).

M. Haass a reconnu qu'il avait bien rencontré M. Trump en août, mais il s'est vite démarqué du sulfureux milliardaire: "Président du CFR, je ne soutiens pas de candidats. Je propose des briefings à tous les candidats, je l'ai fait avec plusieurs, démocrates comme républicains", a tweeté l'expert.

En outre, d'après la presse américaine, 110 diplomates à la retraite proches du parti républicain viennent de signer une lettre au vitriol contre la politique étrangère de M. Trump qui saperait la sécurité des Etats-Unis. En privé, des diplomates américains murmurent aussi que leurs homologues étrangers s'inquiètent des conséquences d'une présidence Trump sur les relations de l'Amérique avec le reste du monde.

Le mur du Mexique

Dès le début de sa campagne retentissante, M. Trump a accusé le Mexique d'envoyer aux Etats-Unis des trafiquants de "drogues", des "criminels" et des "violeurs". Alors pour arrêter l'immigration illégale, l'homme d'affaires a promis de faire ériger un mur géant, d'un coût de huit milliards de dollars qui serait payé par Mexico. Ulcéré, le président mexicain Enrique Peña Nieto a comparé la "rhétorique stridente" de M. Trump à l'arrivée au pouvoir de Hitler et de Mussolini. Il l'a aussi accusé de "détériorer" les relations entre les deux voisins.

'L'islam nous hait'

Donald Trump avait affirmé en novembre avoir vu des images de musulmans célébrant aux Etats-Unis les attentats du 11-Septembre, une légende urbaine souvent démontée. Il a réclamé l'interdiction aux musulmans étrangers d'entrer aux Etats-Unis, de peur que des jihadistes ne commettent des attentats. Mercredi sur CNN, il est allé plus loin: "je pense que l'islam nous hait". Il l'a répété jeudi soir lors d'un débat avec ses rivaux républicains, jugeant que "beaucoup" des 1,6 milliard de musulmans "haïssent" l'Amérique.

Les 'animaux' de l'EI

En guise de lutte contre l'EI, que Washington combat depuis 18 mois en Syrie et en Irak avec des milliers de frappes, M. Trump a proposé une solution radicale: "couper rapidement la tête" de ces "animaux" et leur "prendre leur pétrole". Il a aussi choqué en promettant de torturer les "terroristes" et de tuer leurs familles, avant de se raviser en s'engageant, s'il était élu, à respecter les lois de son pays. Il a finalement annoncé qu'il modifierait la législation bannissant la torture car, a-t-il argumenté, les jihadistes de l'EI "n'ont pas de règles".

Poutine, 'dirigeant puissant'

Alors que les relations entre Washington et Moscou sont tendues depuis 2012, Donald Trump défend souvent le président Poutine, "un dirigeant puissant" avec lequel il faut "bien s'entendre". Le milliardaire américain a été qualifié de "brillant" par M. Poutine.

Guerre commerciale à Pékin, Tokyo, Mexico

Comme le candidat démocrate Bernie Sanders, le républicain Trump dénonce les accords de libre échange signés par les Etats-Unis et "qui n'apportent rien de bon". Il a promis des mesures protectionnistes, voire des guerres commerciales contre la Chine, le Japon et le Mexique. Il dénonce notamment la sous-évaluation du yuan et du yen par rapport au dollar. Pour Edward Alden, expert au CFR, Donald "Trump (représente) une grave menace d'un vrai retour de bâton protectionniste".

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