DIVERTISSEMENT
11/03/2016 09:27 EST | Actualisé 11/03/2016 09:54 EST

L'album « Trente » de Karim Ouellet : l'enfance du doute

Çà et là sur son nouvel album intitulé Trente, l’auteur-compositeur-interprète québécois Karim Ouellet aborde quelques craintes qui ont semblé l’agiter ces derniers temps. Il s’est notamment interrogé quant à son passage dans la trentaine. Dans la réflexion s’est installé le doute. Or, quand on entend la fine musique proposée sur les 11 morceaux de l’encodé, on est loin de croire que la tourmente pourrait l’emporter. Rencontre.

cover trente karim ouellet

Sur la pièce-titre du disque, le populaire chanteur (il a vendu près de 35 000 exemplaires de Fox, son deuxième album, en plus de voir ses chansons jouer régulièrement à la radio) livre doucement « J’ai eu trente ans en décembre et je ne sais plus pour qui me prendre. Je sais que tout ce qui monte va redescendre. Ma vie n’est plus tout à fait la même. » Quand il a écrit cette pièce, le jeune homme quittait la vingtaine (il est né en 1984). On ne pourrait dire si ce changement de décennie a eu un impact significatif dans sa vie, mais il semble que l’artiste ait fait quelques constats au sujet de l’environnement, par exemple.

Pierre et le loup

Pour mieux saisir l’univers de Karim Ouellet, il est judicieux de prendre dans ses mains l’album physique. L’illustration qui habille la pochette fait penser au personnage du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : un enfant, en l’occurrence Karim, porte le costume d’une créature qui a des cornes et une queue de renard. Celui-ci est debout au milieu d’une forêt, un ballon rouge à la main.

Cet univers onirique et enfantin, interprété en dessin par Patrick Beaulieu – de la compagnie Avive – est véhiculé sur plusieurs chansons de Trente, tout comme c’est le cas sur le premier disque de Ouellet, Plume (2011). Pensons à la jolie pièce Les roses, qui clôt le plus récent disque. Oui, le thème de l’angoisse y est traité (quand le bateau coule, quand on n’a rien a manger, quand les fleurs fanent, quand tout s’écroule) dans les paroles, mais celles-ci sont adoucies par des riffs de guitare funky, des ambiances de soul lumineuses et une mélodie accrocheuse qui donnent presque envie de fêter. En fait, l’album Trente se présente comme une sorte de conte pour grande personne dans lequel Karim réfléchit à sa place dans le monde : «On rêvait de la paix sur Terre / Comme tous les autres. On s’était dit qu’on laisserait tomber tout. Ouh ouh ouuuh / Qu’on irait trouver ceux qui sont comme nous. Ouh ouh ouuuh / Mais la vie n’est pas ainsi faite. Aie Ayayaye.» À cet égard, Karim Ouellet est fidèle à lui-même.

Le titre de la chanson Il était une fois est également assez évocateur de ce monde d’aventures plus ou moins imaginaire. «Je te l’ai demandé milles fois / Où s’en va le monde ? S’il faut que l’on réalise nos rêves / Trêve de mensonges / Puisqu’on est comme Alice aux pays des malices tous ensemble.» Sur cette chanson, Ouellet se questionne sur l’avenir de notre monde, mais d’une manière assez candide. Une candeur que l’on retrouve aussi sur la chanson suivante, La mer à boire.

«Mes thèmes sont assez vagues, affirme Karim Ouellet durant notre entretien dans un resto montréalais. Ça parle de doute, d’amour, de mort, de désespoir, d’espoir, d’amitié… Mes chansons naissent surtout à partir de sentiments. Je ne raconte pas d’histoire précise.

Tout ça laisse place à beaucoup d’interprétation. On prend ça comme on veut.»

Ainsi, l’écriture est pour lui une sorte de jeu. Et les animaux en font partie. Sur les deux disques précédents, il y avait le renard et les autres. Cette fois, on accroche d’abord sur le loup, bien que les oiseaux de malheur, entre autres choses, fassent aussi partie du décor. «Oui, ça revient encore, admet le chanteur. Par la force des choses, c’est peut-être une signature. Mais je n’impose rien. Le morceau Karim et le loup est d’abord un clin d’œil au conte musical pour enfants Pierre et le loup (écrit et composé par le célèbre compositeur russe Sergueï Prokofiev en 1936) […] Même si c’est assez libre comme écriture, j’ai travaillé plus fort pour arriver à trouver des textes qui me plaisaient, précise-t-il. J’ai jeté plus d’une trentaine de chansons à la poubelle.»

L’électro

Au niveau de l’enregistrement studio, c’est la même histoire que les deux précédents albums, d’après le musicien. Il a fait le travail chez lui ou encore chez son comparse Claude Bégin (il a coréalisation l’album en plus de composer la musique avec Ouellet), qui lui a de nouveau donné un bon coup de main.

Pas simple d’ailleurs de décrire le son de Karim Ouellet : reggae, hip-hop, soul, folk sont des étiquettes qui ne collent qu’à moitié aux musiques bigarrées du gars de Québec (d’origines sénégalaises), qui a jadis donné beaucoup dans les beats et la musique rap. Des sonorités mi-électros (Cœur gros et Il était une fois), mi-organiques qui cohabitent bien ensemble sont mélangées à un timbre de voix soyeux (Ouellet a une belle voix) et des phrasés soignés. Aux dires de Karim Ouellet, les touches électroniques seraient plus assumées sur Trente que sur Fox, paru en 2012.

«J’ai travaillé avec le logiciel Cubase. Ensuite, on a refait de bons bouts avec de vrais instruments. Marianne Croft (violon) et Vincent Poitras (trompette) sont venus jouer des parties qu’on n’était pas capable de faire de notre côté, Claude et moi. Il y a aussi toutes sortes de claviers, qui sont un peu plus présents que sur Fox. Il n’y a aucune batterie live sur l’album. On s’enregistrait au drum, mais souvent, on échantillonnait ça par la suite pour faire différentes de boucles.»

Certes, le doute (mentionnons l’accrocheuse Karim et le loup) tapisse l’album Trente, mais la plupart du temps, cet état d’esprit est sans grand danger. Le monde de Karim Ouellet n’est pas tourmenté et encore moins angoissant. Et l’aventure auditive se vit vraiment très bien du début à la fin. Après, on aime ou non cette musique pop futée, mais passablement polie. À notre avis, la seule faiblesse de ce troisième effort n’est ni dans la musique ni dans l’écriture… Bien que l’auteur ait fouillé en lui, l’exercice général manque un brin de «chien».

Karim Ouellet offrira «un premier vrai concert», en juin, lors des FrancoFolies de Montréal.

//

Karim Ouellet

Trente, sous étiquette Coyote Records

Sortie le 11 mars

karimoullet.ca

Galerie photoQuelques albums québécois attendus en 2016 Voyez les images