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11/03/2016 09:04 EST | Actualisé 12/03/2017 00:12 EST

Faut-il vendre autre chose que des livres en librairie?

Pour survivre, les libraires devraient-ils vendre autre chose que des livres dans leurs librairies? C'est ce que pourrait laisser croire l'exemple des « indie bookstores » américains.

Un texte de Sophie Cazenave

Oren Teicher, le directeur de l'American Booksellers Association (ABA), a pris la parole mercredi à Montréal, devant un parterre de libraires et d'éditeurs, à l'invitation de l'Association des libraires du Québec (ALQ), lors de la Rencontre interprofessionnelle des acteurs du livre.

Optimisme chez les libraires

Si plusieurs prédisaient la mort du livre papier et la fin des libraires avec le raz-de-marée numérique, on assiste au contraire depuis quelques années à une renaissance des librairies indépendantes aux États-Unis.

La croissance est modeste, certes, mais les ventes ont tout de même progressé de 10 % entre 2014 et 2015, malgré la présence sur le marché de géants cotés en bourse et d'Amazon.

Même si le marché est différent ici, Katherine Fafard, la directrice de l'ALQ, constate que ce que l'on observe de l'autre côté de la frontière se reproduit généralement ici cinq ans après. Et au Québec aussi, l'hémorragie a été stoppée.

Après un début de décennie sombre (27 fermetures de librairies indépendantes entre 2010 et 2014), depuis un an environ, il y a eu plusieurs reprises, et des ouvertures.

En outre, la part de marché des librairies indépendantes est assez stable, de même que celle des chaînes, tandis que celle des grandes surfaces a accusé le coup en 2014.

Trop romantiques, les libraires?

Pour M. Teicher, la librairie ne doit pas perdre de vue son objectif de rentabilité.

Le tour de force de l'ABA a été de convaincre ses membres qu'ils ne sont pas que des vendeurs de livres, mais bien des acteurs de l'économie locale et des agents de changement social qui doivent promouvoir l'achat local et faire de la librairie un « troisième lieu », un lieu de rencontre où l'on aime passer du temps.

Jusqu'ici, tout le monde est d'accord : le commerce de détail doit innover. Mais là où les dents grincent, c'est quand il affirme que pour être rentables, les libraires ne doivent pas vendre que des livres.

Il suggère même un ratio de 80 % de livres et de 20 % d'autres produits, voire 70 % et 30 %, parce que les marges de profit sur les autres produits sont supérieures et que ces produits contribuent à rendre le lieu plus attirant.

De la librairie à la boutique-cadeau

Au Québec, le concept de « librairie-boutique-cadeau » semble encore être l'apanage des chaînes comme Renaud-Bray ou Indigo, même si plusieurs librairies indépendantes l'adoptent à une moindre échelle.

À la librairie Carcajou, à Rosemère, par exemple, l'offre cadeaux est plutôt saisonnière, et on est loin du ratio 80/20, selon le libraire Jeremy Laniel. Mais l'ajout de produits autres que le livre en magasin permet de dégager des marges de profit intéressantes et, du même coup, de financer certaines activités.

La chaîne Renaud-Bray, quant à elle, en a fait sa formule dès 1965. Impossible cependant de connaître précisément la part des livres par rapport aux autres produits : la relationniste de l'entreprise, Denise Courteau, refuse de divulguer cette information « concurrentielle » et « confidentielle ».

Du côté de l'ALQ, les chiffres avancés par M. Teicher font réagir : 20 % de produits autres que les livres, ça fait beaucoup. 

De plus, de nombreux libraires auraient un peu l'impression de se travestir. Pourtant, la rentabilité se trouve là. 

En 2011, l'ALQ a fait appel à un consultant externe pour revoir le modèle d'affaires de 12 de ses membres. Sa recommandation? Vendez autre chose que des livres. Diversifiez votre offre. En gros, devenez un centre culturel plutôt que simplement un vendeur de livres.

L'ALQ l'a bien compris, comme le résume sa directrice : « En 2016, il faut inventer autre chose que les séances de signature ou les rencontres d'auteurs. Il faut sortir de nos murs. »