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10/03/2016 20:45 EST | Actualisé 11/03/2017 00:12 EST

Duel d'hommes d'affaires: Vicente Fox réplique durement à Donald Trump

Entrepreneur prospère et petit-fils d'immigrants comme lui, au même franc-parler, l'ex-président Vicente Fox partage certains points communs avec Donald Trump. Face à la rhétorique anti-mexicaine du magnat américain, Fox a répliqué durement, exprimant la colère ressentie par des milliers de Mexicains.

L'ancien président mexicain ne veut pas du "putain de mur" que M. Trump propose de construire à la frontière avec l'argent du Mexique et exige même des excuses du milliardaire.

Si lorsqu'il était président (2000-2006) ses dérapages avaient fait les gros titres jusqu'à en faire rougir certains de ses compatriotes, ces dernières semaines, ses propos musclés ont été applaudis dans le pays au point d'infléchir la position du gouvernement.

Dans son sillage, le président Enrique Peña Nieto a comparé cette semaine le discours "strident" de M. Trump à celui d'Hitler ou de Mussolini.

Mais ce sont surtout les propos de M. Fox contre le discours incendiaire du candidat à l'investiture républicaine pour la présidentielle qui sont entrés en résonance avec le peuple mexicain.

Vicente Fox, qui à 73 ans combine la gestion de sociétés familiales d'élevage et d'agriculture avec le think tank qui porte son nom, a reçu l'AFP dans son ranch, une exploitation située à San Francisco del Rincon, dans l'Etat de Guanajuato (centre du pays).

"Ne me faites pas parler de Trump", blague l'ex-président avant de commencer l'entrevue, à laquelle il se présente avec un large chapeau de cow-boy et un gilet en cuir.

"Ignorant", "fou", "égocentrique", "monsieur personne", "sale type", "raciste" ou "faux prophète" sont quelques-uns des qualificatifs employés par M. Fox pour évoquer le milliardaire américain.

"Il faut agir maintenant, ne pas attendre qu'il soit assis dans le fauteuil présidentiel", avertit ce Mexicain qui fut un temps le patron pour l'Amérique Latine de l'entreprise américaine la plus internationale du monde, Coca-Cola.

- D'Hitler à Chavez -

Originaire d'une famille irlandaise qui s'est installée aux États-Unis, le grand-père de Vicente Fox est né dans l'Ohio, avant de partir chercher fortune au Mexique. Une histoire similaire à celle de M. Trump, originaire d'une famille allemande qui a créé des sociétés aux États-Unis.

C'est la raison pour laquelle M. Fox ne comprend pas comment le magnat de 69 ans peut oublier son passé et celui de son pays. Selon lui, ses messages contre les immigrants exploitent le manque de culture et la peur qui s'est enracinée aux États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.

M. Trump a affirmé en juillet dernier que nombre des Mexicains qui arrivent aux États-Unis sont des délinquants et des violeurs.

"Un homme qui discrimine, qui pense que la race blanche est la race suprême me fait penser à Hitler (...). D'abord, dans un cadre démocratique, il a commencé à faire ses propositions, mais une fois au pouvoir il est devenu un dictateur, tout comme Hugo Chavez", le président vénézuélien décédé en 2013, lance M. Fox.

L'ancien président mexicain, qui en 2002 avait été fortement critiqué après avoir affirmé que ses compatriotes font aux États-Unis "des emplois que même les Noirs ne veulent pas faire", hausse le ton quand il parle de la proposition de M. Trump d'expulser des millions de Mexicains.

Il trouve aussi absurde que le magnat demande d'en finir avec le commerce avec la Chine ou le Mexique ou qu'il projette "de jeter des millions de dollars" pour un mur qui "ne sert à rien".

"Wake up, America, from this nightmare!", lance-t-il en anglais en regardant la caméra au cours de l'interview.

M. Fox en veut à M. Trump, mais il est aussi déçu des autres candidats républicains.

"Que Dieu nous libère d'eux, parce que les Républicains n'étaient pas comme ça (...). Ted Cruz et Marco Rubio nient leurs propres racines", affirme M. Fox en parlant des deux sénateurs, fils de migrants cubains.

Mais il avertit avec ironie: "Ils peuvent nous mettre un grand mur, ils peuvent nous violenter. Ici nous sommes petits mais piquants, comme le piment, nous Mexicains ne laissons pas quelqu'un nous offenser".

Et, alors que M. Trump a l'avantage dans les primaires républicaines, M. Fox fait sa propre prédiction: "Le poisson meurt par la bouche. Ce personnage va mourir politiquement car c'est un menteur, car c'est un faux prophète".

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