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11/03/2016 12:40 EST | Actualisé 12/03/2017 00:12 EST

Brésil : Rousseff exclut toute démission et appelle Lula à la rescousse

La présidente du Brésil Dilma Rousseff, menacée par une crise politique majeure, a exclu vendredi de démissionner et défendu son prédécesseur et mentor Lula, empêtré dans le scandale, l'invitant même à rejoindre son gouvernement.

"Je n'ai aucun intérêt à démissionner" a déclaré en conférence de presse la présidente de gauche, aux abois, appelant Lula Inacio Lula da Silva (2003-2010), fondateur du Pari des travailleurs (PT, au pouvoir), à la rescousse, lui suggérant indirectement d'intégrer son gouvernement paralysé par la crise.

"Ce serait un grand honneur d'avoir le président Lula dans mon gouvernement parce que c'est une personne d'expérience avec une grande capacité politique", a-t-elle déclaré.

La présidente a ainsi officialisé publiquement les rumeurs insistantes de la semaine selon lesquelles le camp présidentiel cherche à persuader Lula d'entrer au gouvernement pour tenter de le sortir de l'impasse.

"C'est sans aucun doute un personnage important, avec un poids encore très grand sur la scène politique nationale, cela donnerait du poids au gouvernement dans un moment où il a besoin de soutien, de force et de leadership", a expliqué à l'AFP l'analyste politique André Cesar de Brasilia.

Soupçonné d'avoir bénéficié de faveurs d'entreprises de construction impliquées dans des détournement de fonds, Lula échapperait aussi à la justice ordinaire s'il acceptait un poste au gouvernement, les ministres ne pouvant comparaître que devant le Tribunal suprême fédéral (STF), la plus haute instance judiciaire.

L'ancien chef d'Etat se serait toutefois montré très réticent, craignant de passer pour un lâche cherchant à se dérober à la justice, selon certains commentateurs brésiliens. Mais il aurait réservé sa réponse définitive à la semaine prochaine.

- 'Nullement résignée' -

"Je ne suis nullement résignée", a ajouté Mme Rousseff, sous la menace d'une procédure de destitution parlementaire lancée en décembre par l'opposition qui l'accuse d'avoir maquillé les comptes publics en 2014 et 2015.

Cette procédure a été freinée par le Tribunal suprême fédéral (TSE), mais devrait rebondir très rapidement, dès que la haute juridiction aura fixé, la semaine prochaine, les règles de son cheminement.

"Je crois qu'il est absolument incorrect de la part d'un leader de l'opposition de demander la démission d'un président légitimement élu par le peuple, sans apporter d'éléments prouvant que j'aurais d'une quelconque manière violé la Constitution", a-t-elle déclaré.

La présidente répondait au leader de l'opposition Aecio Neves, son adversaire malheureux lors de la présidentielle de 2014, qui avait réclamé sa démission dans le courant de la semaine.

"Dans un geste magnanime, généreux pour le pays, la présidente de la République, comprenant qu'elle a perdu les conditions minimales pour gouverner devrait permettre au Brésil, par sa démission, d'entamer une nouvelle étape de son histoire", avait déclaré M. Neves.

Le week-end pourrait être crucial pour l'avenir politique de Mme Rousseff: le grand allié centriste de sa coalition, le PMDB, divisé entre légalistes et partisans de la rupture avec le gouvernement, se réunit samedi en congrès national pour définir sa stratégie, tandis que de grandes manifestations sont convoquées dimanche dans tout le pays pour réclamer le départ de la présidente.

Les récents déboires judiciaires de Lula, icône de la gauche brésilienne, ont d'ailleurs donné une nouvelle dimension à cette crise.

L'ex-président a été brièvement interpellé la semaine dernière et interrogé par la police dans le cadre du scandale de corruption Petrobras.

Parallèlement, des procureurs de Sao Paulo ont requis jeudi contre lui des poursuites pour "occultation de patrimoine", à propos d'un appartement au nom d'une entreprise de BTP impliquée dans le dossier Petrobras mais dont ils soupçonnent l'ancien président d'être le véritable propriétaire.

Ils ont aussi requis son placement en détention provisoire, suscitant non seulement l'indignation de la gauche mais aussi la réprobation de l'opposition.

Toute la classe politique est donc suspendue à l'ampleur des manifestations convoquées dimanche pour réclamer la destitution de Dilma Rousseff, mise à mal par la récession économique qui frappe la première économie d'Amérique latine.

Une participation massive fragiliserait un peu plus la présidente au plus bas dans les sondages et augmenterait la pression sur les députés qui hésitent à voter pour ou contre sa destitution.

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