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10/03/2016 05:30 EST | Actualisé 11/03/2017 00:12 EST

Un ministre polonais compare le président du Tribunal constitutionnel à un ayatollah

Le ministre polonais des Affaires étrangères Witold Waszczykowski a comparé jeudi le président du Tribunal constitutionnel Andrzej Rzeplinski, en plein conflit avec le gouvernement conservateur, à un ayatollah iranien.

"J'étais ambassadeur en Iran et M. Rzeplinski ressemble, selon moi, à un ayatollah en Iran qui prend des décisions indépendamment des résolutions adoptées par le Sénat ou la Diète (chambre basse), et qui dit +c'est moi qui vais interpréter ce qui est bon ou pas bon+ pour la Pologne", a déclaré le ministre à la radio publique Trojka.

M. Waszczykowski s'exprimait à la veille d'une réunion de la Commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l'Europe, qui doit se pencher sur les risques que présentent pour l'Etat de droit en Pologne les réformes introduites par la majorité conservatrice au pouvoir concernant le Tribunal constitutionnel.

La presse avait dévoilé en février un projet de rapport de la Commission de Venise estimant que la Pologne est en état de "crise constitutionnelle".

Dans ce texte, la commission souligne que "tant que le Tribunal constitutionnel ne peut poursuivre son travail de façon efficace, non seulement l'Etat de droit, mais aussi la démocratie et les droits de l'Homme sont en danger".

Le gouvernement polonais rejette cette interprétation soulignant qu'il s'agit d'un conflit politique.

"Nous allons contester cette position" de la Commission de Venise, a dit M. Waszczykowski. Selon lui, le conflit autour du Tribunal constitutionnel est une question politique interne à la Pologne, et la Commission "est allée trop loin dans ses opinions".

"C'est un différend qui dépasse de loin le cadre de la loi, c'est un différend politique et il devrait être résolu avec des moyens politiques, par un compromis", a-t-il souligné.

Le Tribunal constitutionnel polonais a jugé mercredi non conformes à la Constitution les principales dispositions de la nouvelle loi sur son fonctionnement, adoptée par les conservateurs au pouvoir et conduisant à sa paralysie de fait.

Le gouvernement a, quant à lui, prévenu qu'il ne reconnaîtrait pas la décision du Tribunal, prise selon lui au mépris de la loi en vigueur, et qu'il refuserait par conséquent de la publier dans le Journal officiel.

Tous les partis d'opposition ont réclamé la publication du verdict, alors que le mouvement civique KOD (Comité de défense de la démocratie) a appelé à une manifestation jeudi soir devant le siège du gouvernement.

mas-bo/alc