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10/03/2016 04:27 EST | Actualisé 11/03/2017 00:12 EST

Migrants: des pays européens circonspects sur le plan négocié avec la Turquie

Des pays européens ont exprimé des doutes jeudi autour de l'accord en négociation avec la Turquie, inquiets de sa faisabilité comme d'éventuelles compromissions avec le régime islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan taxé de dérive autoritaire.

Les nouvelles propositions mises sur la table par la Turquie, désormais prête à reprendre tous les migrants traversant la mer Egée depuis ses côtes, font l'objet de tractations conduites pour l'UE par le président du Conseil européen Donald Tusk. Mais les ministres de l'Intérieur des 28, réunis jeudi à Bruxelles, se penchent déjà sur les nombreux "détails" qui restent à affiner.

"Je trouve cela préoccupant que la Turquie mette sous tutelle un journal critique envers le gouvernement, puis trois jours plus tard présente une liste de souhaits", a déclaré jeudi la ministre de l'Intérieur autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, en référence au journal Zaman dont les graves déboires avec le gouvernement d'Ankara ont été critiquées par Bruxelles et Washington.

"Je me demande vraiment si nous avons encore du respect pour nous-mêmes et pour nos valeurs", a ajouté la ministre.

Les Turcs sont "très éloignés des valeurs et principes de l'Europe", a aussi souligné le ministre belge Jan Jambon, alors que l'une des contreparties demandées par Ankara, pour sa collaboration dans le dossier migratoire, est l'ouverture rapide de nouveaux chapitres dans ses négociations d'adhésion à l'UE.

L'accord avec la Turquie "n'est pas fait, sinon il y aurait eu un accord lundi", a-t-il ajouté. "Il faut regarder dans les détails si c'est faisable", a poursuivi M. Jambon, alors que de nombreuses ONG, mais aussi les Nations unies, ont mis en doute la légalité d'un renvoi vers la Turquie de demandeurs d'asile.

Jeudi, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a jugé jeudi "illégales" les expulsions collectives de migrants figurant dans le projet d'accord entre Ankara et l'UE, qui prévoit le renvoi, notamment, des demandeurs d'asile syriens vers la Turquie.

Il faut vérifier la faisabilité du plan avec la Turquie, sur le plan "légal, diplomatique, politique mais aussi humain", a aussi souligné le ministre luxembourgeois Jean Asselborn.

Le ministre allemand Thomas de Maizière a lui apporté son plein soutien à l'ébauche de plan, bâti sous la forte impulsion de Berlin. "On n'avance pas avec des critiques, mais avec des résultats concrets", a-t-il fait valoir, plaidant pour des mesures qui vont "rendre caduc le modèle économique des passeurs".

La Turquie, qui accueille déjà quelque 2,7 millions de Syriens, "est liée à des obligations en matière de droits de l'Homme", mais elle a "fait beaucoup d'efforts pour l'accueil de réfugies" qui doivent "être reconnus", a-t-il dit.

Lors du sommet de Bruxelles, un principe du "un pour un" a été avancé: pour chaque Syrien réadmis par la Turquie, les Européens s'engageraient à "réinstaller" un autre Syrien depuis la Turquie dans l'UE.

Mais ce mécanisme ne sera que "temporaire", a expliqué le ministre néerlandais Klaas Dijkhoff. Dès qu'il aura permis de stopper les traversées "illégales et très dangereuses" en mer Egée, "ensuite nous devrons discuter avec la Turquie d'un schéma plus permanent de réinstallation (de réfugiés dans l'UE, ndlr), de partage du fardeau", a-t-il insisté.

De son côté, Ankara a rappelé jeudi que si l'accord avec l'UE voyait le jour, les réadmissions ne s'appliqueraient qu'aux nouvelles arrivées en Grèce.

Les ministres italiens et espagnols ont quant à eux évoqué à Bruxelles leur crainte que la fermeture de la route des Balkans, principal itinéraire des migrants arrivés en Grèce par la Turquie, ne provoque l'ouverture de nouvelles routes via leurs pays.

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