NOUVELLES
10/03/2016 08:48 EST | Actualisé 11/03/2017 00:12 EST

Le Qatar retarde l'élection du candidat égyptien à la tête de la Ligue arabe

Le Qatar a retardé jeudi l'élection quasi-annoncée du seul candidat au poste de secrétaire général de la Ligue arabe, l'Egyptien Ahmed Aboul Gheit, un contretemps surprise qui illustre les divisions entre les Etats membres de l'organisation panarabe.

Doha a émis des réserves sur le candidat présenté par l'Egypte, pays qui abrite le siège de l'organisation et obtient d'ordinaire à l'unanimité le poste de secrétaire général.

Doha reproche à M. Aboul Gheit, dernier ministre des Affaires étrangères de l'ex-président Hosni Moubarak, d'avoir poussé son pays à bouder en 2009 un sommet arabe sur le conflit israélo-palestinien organisé par le petit émirat du Golfe, ont précisé à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, plusieurs diplomates participant aux négociations.

En cas d'absence de consensus, l'Egypte reste déterminée à obtenir l'élection de son candidat, et serait contrainte d'organiser un vote pour obtenir la majorité des deux-tiers des 21 membres requise pour sa nomination, ont précisé certaines de ces sources lors de la réunion extraordinaire des ministres arabes des Affaires étrangères.

"L'Egypte ne va pas présenter d'autre candidat, l'affaire sera tranchée aujourd'hui", a assuré le porte-parole de la diplomatie égyptienne Ahmed Abou Zeid à des journalistes au siège de la Ligue.

La nomination de M. Aboul Gheit, seul candidat, était présentée comme acquise depuis plusieurs jours. Le diplomate de 73 ans devrait prendre ses fonctions en juillet pour un mandat de cinq ans, succédant à son compatriote Nabil al-Arabi, qui a annoncé en février qu'il ne briguerait pas de second mandat.

Les relations entre l'Egypte et le Qatar se sont considérablement dégradées depuis la destitution par l'armée du président islamiste élu Mohamed Morsi, en juillet 2013. Le Caire reproche à Doha son soutien à l'organisation de M. Morsi, les Frères musulmans, qui sont la cible en Egypte d'une répression sanglante régulièrement dénoncée par le Qatar.

- Divisions régionales -

Lorsqu'il avait été nommé à la tête de la diplomatie égyptienne en 2004 par M. Moubarak, M. Aboul Gheit avait adopté une ligne plus conciliante à l'égard d'Israël.

Fin 2008, il avait accusé le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, d'avoir provoqué une offensive israélienne sur l'enclave palestinienne. Cette même offensive avait poussé l'émir du Qatar à réclamer à plusieurs reprises une réunion d'urgence de la Ligue. Le président Moubarak et le défunt roi Abdallah d'Arabie saoudite s'étaient alors tous deux opposés à ces appels.

Le contretemps inattendu de jeudi illustre encore une fois les divisions entre les Etats membres, qui viennent entraver le fonctionnement de la Ligue face aux crises que connaît la région.

Et les défis ne manquent pas. S'il est élu, M. Aboul Gheit sera confronté aux guerres en Syrie et au Yémen, qui reflètent les luttes d'influences entre les deux puissances régionales, l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite.

Au Yémen, Ryad combat des rebelles chiites soutenus par l'Iran. En Syrie, le royaume saoudien soutient les rebelles face au régime de Bachar al-Assad, grand allié de Téhéran.

Les tensions sont également vives entre l'Arabie saoudite et le mouvement chiite Hezbollah, poids lourd du gouvernement libanais, qui soutient M. Assad et est accusé de servir de tête de pont à l'Iran. Début mars, les monarchies arabes du Golfe ont classé comme "terroriste" le mouvement libanais.

La Ligue est également confrontée aux violences en Irak et en Libye où sévit le groupe jihadiste Etat islamique (EI) et enfin à l'éternel conflit israélo-palestinien.

Autre dossier sensible, la création d'une armée arabe conjointe, un projet ambitieux présenté par l'Egypte, entériné en mars 2015 lors du sommet annuel. Mais cette force n'a toujours pas vu le jour et le projet piétine en raison des réticences de certains pays membres.

Traditionnellement, le secrétaire général effectue deux mandats à la tête de la Ligue, fondée en 1945 et qui compte 22 Etats membres. La participation de la Syrie a toutefois été suspendue fin 2011 en raison du conflit.

str-tgg/vl