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09/03/2016 20:45 EST | Actualisé 10/03/2017 00:12 EST

L'"Université Trump", écueil judiciaire sur la route de la Maison Blanche

L'"Université Trump" a cessé toute activité depuis près de six ans mais elle offre aujourd'hui un angle d'attaque inespéré aux rivaux républicains du magnat de l'immobilier, poursuivi pour "tromperie" et "fraude" dans cette affaire.

Publicités négatives et attaques frontales: cette controverse qui devrait conduire Donald Trump devant les tribunaux est désormais massivement utilisée pour saper la probité de celui qui empile les victoires aux primaires dans la course à la Maison Blanche.

"Il essaye de faire au peuple américain ce qu'il a fait aux gens qui se sont inscrits à ces cours", a taclé un de ses concurrents, le sénateur Marco Rubio, lors du dernier débat républicain.

Donald Trump n'a, depuis, pas perdu une occasion de contre-attaquer en clamant son innocence et en promettant d'en découdre avec les plaignants au tribunal. "Nous allons gagner ce dossier", a-t-il affirmé mardi soir après une nouvelle série de victoires électorales.

C'est en 2010 que l'affaire de "l'Université Trump" voit le jour avec une plainte en nom collectif déposée à San Diego, en Californie. Une deuxième suivra en 2013 peu après l'annonce de poursuites lancées par le ministre de la Justice de l'Etat de New York, le démocrate Eric Schneiderman, contre Donald Trump.

Le magnat, qui n'est alors qu'un riche entrepreneur et la vedette de l'émission de télé-réalité "The Apprentice", se voit accusé d'avoir escroqué quelque 5.000 personnes avec l'"université" qu'il a fondée en octobre 2004 et qui a cessé toute activité en août 2010.

- Provocation -

Malgré son appellation, cette structure à but lucratif ne délivrait pas de diplômes mais proposait, moyennant finances, des séminaires censés dévoiler "les secrets du succès de Donald Trump" mais qui se sont révélés être des coquilles vides, selon une des plaintes collectives.

"M. Trump a utilisé sa célébrité et est apparu dans des publicités pour faire de fausses promesses et convaincre des gens de dépenser des dizaines de milliers de dollars", affirme alors M. Schneiderman.

Bob Guillo est l'un d'eux. Attiré par la "réputation" du milliardaire, Ce retraité de 76 ans a déboursé près de 35.000 dollars en 2009 pour assister à ces formations dans l'espoir que Donald Trump fasse "d'un petit gars comme moi un entrepreneur à succès", raconte-t-il à l'AFP.

"Dès le premier séminaire, je me suis rendu compte que c'était bidon, parce qu'ils essayaient de me vendre un autre programme pour 9.000 dollars", assure-t-il au téléphone, martelant: "Ce n'était pas une mauvaise formation, c'était une escroquerie!"

Une autre plaignante, Kathleen Meese, se mord elle aussi les doigts d'avoir acquis un package "Trump Gold Elite" dans l'espoir de faire fortune dans l'immobilier.

"Donald Trump a reçu 25.000 dollars de mon argent. Pour 25.000 dollars, j'ai un abonnement à vie au néant", écrit cette New-Yorkaise mère d'un enfant trisomique dans une déposition sous serment en 2012.

Le camp Trump a, sans surprise, une vision radicalement différente des faits. "Il y avait un taux de satisfaction de 98%", affirme à l'AFP son avocat, Jeffrey Goldman, qui compare les plaignants à des "abeilles attirés par le miel" et désireux de récupérer leur argent.

Versées au dossier, plusieurs dépositions sous serment font, de fait, état de témoignages enthousiastes d'anciens "étudiants".

"La Trump University m'a donné les informations de base, l'inspiration et la motivation dont j'avais besoin pour me lancer dans l'investissement immobilier", écrit ainsi Mette Nielsen, une résidente de Floride, en 2012.

Selon son avocat, M. Trump n'a dès lors pas "l'once" d'une crainte sur l'issue de son prochain procès et attend avec impatience que le ministre de la Justice de New York "produise ses preuves devant un tribunal et pas dans les journaux".

En attendant, le magnat n'a pu s'empêcher de se livrer à une provocation en assurant que le juge californien chargé du dossier lui en voulait personnellement parce qu'il était "hispanique".

"Je pense que ça a à voir avec le fait que je suis très, très ferme sur la frontière" (mexicaine), a déclaré fin février sur Fox News le candidat qui a adopté une ligne dure sur l'immigration. "Je pense qu'il est hispanique. C'est un juge qui m'est très hostile."

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