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09/03/2016 22:51 EST | Actualisé 10/03/2017 00:12 EST

France: le ministre de l'Economie Emmanuel Macron attise les spéculations sur ses ambitions

Electron libre au sein du gouvernement socialiste français, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron attise les spéculations sur ses ambitions, à 38 ans à peine, en s'affichant de plus en plus à l'avant-scène à un an de la prochaine présidentielle.

"La fusée Macron, son plan secret pour 2017", "Macron: ce que je veux pour 2017". Visage juvénile, ce poulain de François Hollande, qui incarne depuis 2014 le tournant social-libéral du chef de l'Etat, multiplie les unes fracassantes et les apparitions dans les médias.

"J'ai envie de faire plus pour mon pays", a-t-il affirmé mardi, reconnaissant sur la radio France Inter réunir "de manière régulière" un cercle d'intellectuels et d'élus "pour réfléchir, préparer, cogiter".

Interrogé dans l'hebdomadaire l'Express paru mercredi, il élude la question d'une candidature présidentielle. "En France, on est obsédé par le flacon, au lieu de s'intéresser au contenu", répond-il, insistant n'avoir "pas la moindre idée" de son avenir dans dix ans.

Les experts interrogés par l'AFP sont convaincus de ses visées élyséennes. "Ca ne fait pas l'ombre d'un doute. Pas pour 2017 mais pour après, bien sûr", résume le politologue Roland Cayrol.

Tous relativisent aussi sa capacité à briguer la présidence dès l'an prochain en cas de renoncement de François Hollande, plombé par une impopularité record, à postuler à sa réélection.

Dans un tel scénario, une enquête réalisée en février faisait d'Emmanuel Macron l'alternative préférée pour représenter les socialistes aux yeux de 31% des Français mais de seulement 14% des sympathisants du parti.

"Il peut légitimement prétendre à cela mais pas sur ses seules forces actuelles", estime Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive. "Au regard des chiffres, il n'est pas le mieux placé pour rassembler à gauche pour 2017", abonde Jérôme Fourquet, de l'institut Ifop.

"Je ne vois pas comment il peut passer à court terme. La voie n'existe pas", renchérit Roland Cayrol, pour qui "si François Hollande devait ne pas y aller, ce sera Manuel Valls", son Premier ministre.

"Aujourd'hui, la probabilité qu'Emmanuel Macron soit candidat en 2017 est extrêmement faible", concède lui aussi Pierre Person, chef de file des "Jeunes avec Macron". Ce collectif revendiquant 3.400 membres, sans lien officiel avec le ministre, lance samedi un think tank, "La Gauche libre", qui aspire à "peser dans les débats" de la présidentielle.

- Un rival pour Valls? -

En un an et demi au gouvernement, Emmanuel Macron s'est posé en briseur de "tabous", critiquant des marqueurs de gauche comme les 35 heures de travail hebdomadaire ou l'emploi garanti des fonctionnaires.

Il séduit au-delà de son camp. "Un certain nombre des thèmes qu'il développe sont des thèmes que nous pourrions avoir", dit un ancien ministre de droite, Pierre Lellouche.

A contrario, il a dressé contre lui une partie des socialistes avec une loi, adoptée au forceps, libéralisant le travail dominical. Et agace nombre de ses collègues, dont il piétine régulièrement les plates-bandes.

"Il a énormément de talent (...) Il y a une seule chose qu'il faut toujours avoir en tête: le talent, pour qu'il s'exprime sur le long terme, il doit s'inscrire dans une aventure collective", a ironisé mardi le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

Son irruption la semaine passée dans le débat sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne, avertissant que la France pourrait "ne plus retenir les migrants à Calais" en cas de "Brexit", a irrité le ministre de l'Intérieur. "Sur les sujets compliqués, il faut travailler beaucoup et parler peu", a asséné Bernard Cazeneuve.

Il s'est aussi démarqué récemment de choix contestés de l'exécutif, comme l'inscription dans la Constitution de la déchéance de nationalité pour les personnes convaincues de terrorisme.

"Il a son tempérament et il n'est pas dans la politique un personnage classique", a relativisé François Hollande, interrogé sur cet écart qui a valu à Emmanuel Macron d'être rétrogradé de deux rangs dans l'ordre protocolaire du gouvernement le mois dernier.

Pour la plupart des observateurs, ses recadrages multiples par Manuel Valls traduisent la crainte du Premier ministre de voir Emmanuel Macron lui disputer l'étendard de la "gauche moderne" au-delà de 2017.

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