BIEN-ÊTRE
09/03/2016 10:36 EST | Actualisé 09/03/2016 10:56 EST

Conciliation travail-famille: une préoccupation aussi masculine que féminine

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Family in home office

Journaliste et auteure s'intéressant depuis fort longtemps aux questions touchant la vie des femmes et la famille, Nathalie Collard lance Qui s'occupe du souper? Travail-Famille, L'affaire des deux parents. Un essai né du désir d'aborder le sujet de la conciliation travail-famille sous un angle québécois d'abord, puis une manière de pousser la réflexion à travers des témoignages de femmes, mais aussi d'hommes, touchés de près par cette question. Le Huffington Post Québec a discuté avec l'auteure des progrès, des revendications, de la place laissée et prise par les hommes et des batailles qu'il reste à livrer afin d'aspirer à un véritable équilibre en tant que société.

Une question de société

Si Qui s'occupe du souper? Travail-Famille: L'affaire des deux parents aurait tout aussi bien pu s'intituler Les femmes - et les hommes - peuvent-ils tout avoir?, c'est que Nathalie Collard avait deux grands souhaits lorsqu'elle s'est mise à l'écriture de ce livre : parler de l'éternelle culpabilité des femmes et donner enfin la parole aux hommes.

«Les femmes se responsabilisent dès qu'elles apprennent qu'elles attendent un bébé, par exemple en lisant des livres - dès les premiers mois de leur grossesse - qui leur donnent l'impression d'être la personne porteuse du savoir à propos des enfants. Au final, c'est une espèce de piège, explique-t-elle. Je voulais parler de cette culpabilité que ressentent les mères de ne pas tout faire parfaitement. Et puis, je tenais aussi mordicus à donner la parole aux hommes à qui on ne laisse pas toujours la place ou la chance de faire les choses à leur manière.»

Intriguée par les essais et les livres féministes depuis son plus jeune âge - elle remercie d'ailleurs sa maman «pour avoir bien garni sa bibliothèque de livres féministes quand elle était jeune» à la fin de son livre -, Nathalie Collard a eu envie de reprendre ce débat qui a cours aux États-Unis, levé par la fameuse question : «Est-ce que les femmes peuvent tout avoir?»

«Nous en avons beaucoup parlé au cours des dernières années, mais je trouvais que le débat se faisait toujours par des Américaines. Il n'y avait pas de livres québécois qui abordaient la question. Or, comme nos conditions ne sont pas les mêmes qu'aux États-Unis - où les congés de maternité et les services de garde sont inexistants par exemple -, je trouvais que la question méritait d'être posée ici aussi. Car, malgré toutes nos bonnes conditions, on se pose encore la question et on se demande encore comment il se fait que nous ne soyons pas capables de concilier travail et famille.»

Parce qu'elle a le bonheur de voir, dans son entourage, de plus en plus d'hommes s'impliquer dans leur rôle de père, elle trouvait aussi intéressant d'insister sur le fait que les choses sont doucement et positivement en train de changer. «Je crois par contre qu'il faut aller plus loin que le père prenant son congé de paternité ou partageant le congé de maternité avec sa conjointe. Il faut que les hommes aussi aillent sur la place publique et réclament des mesures de conciliation travail-famille, parce que pour l'instant, je trouve que c'est beaucoup les femmes qui revendiquent.»

Si l'auteure se réjouit de voir des personnalités comme Dominic Leblanc ou Justin Trudeau se pencher sur la question d'un comité de conciliation travail-famille, elle désire néanmoins entendre plus d'hommes aborder ce problème de société. «Mon livre souligne l'avancement des femmes et de l'état sur cette question tout en insistant sur le fait que c'est maintenant aux hommes et aux entreprises privées de faire leur bout de chemin en comprenant que c'est une question qui touche tout le monde; la société, la productivité des entreprises, l'équilibre. Ce n'est même plus une question de féminisme. Cela touche autant le père qui désire voir ses enfants que le chef d'entreprise qui souhaite que ses employés soient à la fois productifs et heureux. On se rend d'ailleurs compte qu'il y a beaucoup d'entreprises qui perdent leurs employés lorsqu'ils ont des enfants parce qu'ils ne sont pas capables de concilier les deux et qu'ils ne sont pas heureux. Pour les entreprises, il s'agit d'une perte à la fin de l'année. Je trouve intéressant le fait de regarder aussi cette question sous l'angle de la productivité et de la rentabilité. Eh oui, on va parler ce langage-là, si c'est ce qui peut faire bouger les choses.»

«Or, pour qu'il y ait des femmes à la tête des entreprises, ajoute-t-elle, il faut qu'elles puissent croire qu'elles pourront avoir une vie familiale et personnelle. Et aussi que les pères se posent cette même question. Ce sont des questions qui dépassent le combat féministe.»

Encore beaucoup de travail à faire

Des dizaines de témoignages amassés dans le but de nourrir Qui s'occupe du souper?, certains furent plus difficiles à entendre que d'autres pour la journaliste mère de deux filles et belle-mère d'un garçon. Ce fut le cas de celui de Louise Descarie, directrice de La tête Chercheuse.

«Je m'attendais à ce qu'elle me dise que les choses ont changé, que les gens sont plus ouverts, mais ce ne fut pas le cas. Elle m'a plutôt dit qu'il y a encore une réticence, que lorsque les présidents d'entreprise viennent la voir pour recruter des gens et que la candidate a l'âge d'avoir des enfants, ils hésitent et se posent beaucoup plus de questions que s'il s'agit d'un homme du même âge, qu'ils ont l'impression que cela va leur occasionner des problèmes, que cela va leur coûter des sous ou que les autres employés sans enfant vont se plaindre. Cela m'a un peu découragée», avoue-t-elle.

Par contre, s'entretenir avec des hommes et les entendre se poser les questions que les femmes se posaient il y a quelques années lui a redonné un certain espoir. «C'est le tour des hommes de se demander si et comment ils peuvent tout avoir; une carrière qu'ils aiment tout en étant présents à la maison avec les enfants. Je trouve cela très encourageant et réjouissant de voir une génération d'hommes souhaitant être plus présents que leurs pères l'ont été et désirant participer à l'éducation de leurs enfants.»

Le temps est aussi venu, selon elle, d'aller plus loin et de parler de conciliation travail-vie personnelle. «Il y a des employés dans une entreprise qui n'auront pas nécessairement besoin de temps pour les enfants, mais qui vont en avoir besoin pour s'occuper de leurs parents malades ou pour faire autre chose. Je pense que la conciliation travail-famille ne touche pas qu'un sous-groupe dans la société, mais bien tout le monde, car cela a des répercussions partout.»

Son rêve? Que s'ouvre la discussion et que le sujet de la conciliation travail-famille ne soit plus uniquement abordé que dans les magazines féminins, les discussions ou les colloques de femmes.

«C'est un sujet dont il faut parler avec les hommes et avec les entreprises. Ils ont leur mot à dire là-dedans. La preuve : il est encore plus difficile pour les hommes que pour les femmes de faire des revendications dans une entreprise, car ils ont peur d'être mal vus par leurs collègues. Et cela est sans compter tous les préjugés qui sont malheureusement toujours associés à cela...»

Qui s'occupe du souper? Travail-Famille: L'affaire des deux parents de Nathalie Collard sera disponible en librairies dès le 9 mars 2016.

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