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08/03/2016 09:13 EST | Actualisé 09/03/2017 00:12 EST

Retour des Nordiques : le portrait n'est favorable pour personne

BILLET - L'ex-premier ministre Brian Mulroney a déclaré lundi que la chute du dollar canadien constitue une embûche importante dans le projet de retour des Nordiques de Québec dans la LNH. Aux partisans qui espéraient voir la version 2.0 des fleurdelisés fouler rapidement la patinoire du Centre Vidéotron, M. Mulroney a précisé que « ce ne sera pas pour demain matin ».

Un texte de Martin Leclerc

Brian Mulroney est l'interlocuteur mandaté par Québecor auprès de la LNH. Sa déclaration est donc extrêmement lourde de sens. En fait, son propos n'est que le reflet d'une situation qui est, pour l'instant, perdante-perdante pour la ligue et pour Québecor.

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En 2014-2015, selon Forbes, les sept équipes canadiennes de la LNH ont engrangé des revenus de 1,047 milliard américain. Dans la LNH, pour des fins de partage de revenus 50-50 entre les propriétaires et les joueurs, tous les revenus doivent être convertis en devise américaine.

Servons-nous de ce chiffre (1,047 milliard) comme référence pour illustrer quel impact la dévaluation du dollar canadien a pu avoir sur les opérations des équipes canadiennes de la LNH depuis quatre ans :

  • Le 30 septembre 2012 : 1,047 milliard américain valait : 1,03 milliard canadien
  • Le 30 septembre 2013 : 1,047 milliard américain valait : 1,08 milliard canadien
  • Le 30 septembre 2014 : 1,047 milliard américain valait : 1,174 milliard canadien
  • Le 30 septembre 2015 : 1,047 milliard américain valait : 1,406 milliard canadien

Entre la saison 2014-2015 et la présente campagne, l'apport des formations canadiennes à la cagnotte de la LNH a donc chuté de 172,81 millions de dollars américains (232 M$ CA) juste en raison de la dévaluation du dollar. C'est comme si on avait rayé de la carte tous les revenus des Canucks de Vancouver, pourtant l'une des six formations les plus rentables de la LNH, plus un pourcentage important des revenus des Sénateurs d'Ottawa.

Par ailleurs, les revenus aux guichets des équipes canadiennes seront moins importants en 2015-2016 parce qu'aucune d'entre elles ne parviendra à se qualifier pour les séries éliminatoires cette année.

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À cause de la taille du marché de Québec, on peut s'attendre à ce que les futurs Nordiques engrangent des revenus annuels comparables à ceux des Jets de Winnipeg (116 M$ US l'an dernier), des Sénateurs d'Ottawa (119 M$ US l'an dernier), des Oilers d'Edmonton (119 M$ US l'an dernier) et peut-être des Flames de Calgary (130 M$ US l'an dernier).

Cette saison, à cause de la seule dévaluation du dollar, chacune de ces quatre formations subira une baisse de revenus allant de 19 millions à plus de 20 millions de dollars américains. La moitié de leurs revenus (destinée aux joueurs) ne parviendra même pas à couvrir le maximum de 71,4 millions prévu au plafond salarial. En fait, trois de ces formations ne pourront même pas atteindre le plancher salarial de 52,8 millions.

Les Jets, les Sénateurs, les Oilers, et peut-être les Flames, seront sans doute admissibles au programme de partage des revenus de la LNH cette année.

Les joueurs, qui voient cette saison 16 % de leur chèque de paie être placé en fiducie pour parer aux fluctuations des revenus de la ligue (et assurer un partage des revenus à 50-50 avec les propriétaires), pourraient perdre cette portion de leur salaire au grand complet.

L'Association des joueurs de la LNH n'a donc aucun intérêt à voir débarquer une nouvelle équipe qui, dans les circonstances actuelles, ne parviendra pas à engranger suffisamment de revenus et tirera vers le bas le plafond salarial de la LNH.

Quant aux propriétaires, ils ne voient probablement pas d'urgence à accueillir une organisation qui, dans les circonstances actuelles, risque de s'ajouter à celles qui dépendent déjà du programme d'aide aux équipes les moins nanties comme les Coyotes de l'Arizona, les Blue Jackets de Columbus, les Hurricanes de la Caroline et les Panthers de la Floride (sans oublier les formations canadiennes mentionnées plus haut).

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Du côté que Québecor, même constat : quel intérêt pourrait-on avoir à débourser un demi-milliard américain pour acquérir une équipe de hockey lorsque le taux de change est aussi défavorable?

Allonger 675 M$ CA pour mettre la main sur une équipe, tout en sachant que le même taux de change rendrait les premières années d'opération encore plus difficiles, ne serait certainement pas souhaitable pour une entreprise inscrite en bourse.

Et que dire des droits de télédiffusion locaux des matchs de cette nouvelle formation? TVA Sports n'est toujours pas rentable en raison des importants coûts (évalués à quelque 67 millions annuellement) des droits de télédiffusion des matchs nationaux du CH et des droits nationaux de la LNH qu'elle détient.

Dans ces circonstances, acquérir d'autres droits de télédiffusion plomberait encore davantage un autre secteur d'activités de Québecor.

Tout cela mis ensemble, on comprend pourquoi Brian Mulroney ne s'attend pas à voir débarquer les Nordiques demain matin.